Le deuxième-ligne international (2 sélections) se confie au Figaro sur la nouvelle saison de l’Union Bordeaux-Bègles, toujours en quête d’un premier bouclier de Brennus.

Passer la publicité Passer la publicité

LE FIGARO : On vous a laissé à Chaban-Delmas au mois de juin, défaits par Clermont alors même que vous pouviez encore vous qualifier. Comment avez-vous digéré cette élimination en championnat ?

Boris PALU : Mal (rires). Pour ma part, j’ai eu beaucoup de mal à la digérer. Heureusement, j’ai une bonne nouvelle qui est tombée ensuite et je suis parti une semaine plus tard en sélection (pour la tournée d’été). Mais c’est rageant au regard du scénario. Tout peut se jouer sur un match, sur une erreur, sur un lancer qui n’est pas droit, un ballon qui ne rebondit pas du bon côté. Je pense qu’on avait les moyens de le gagner. Je pense même qu’on devait le gagner. Après, tu repenses à tous ces petits points que tu as laissés filer au cours de la saison et c’est très dur. Mais c’est le rugby. Il y a 14 équipes et une seule qui gagne à la fin.

Face au top 7 final de la dernière saison, votre bilan est de 3 victoires pour 11 défaites. C’est à corriger ?

Oui. Sur le coup, il y a cette frustration. Quand on fait le calcul, tu gagnes trois matchs contre les sept premiers, tu perds quatre fois à domicile… C’est que tu n’es pas dans les standards pour entrer dans les quatre premiers du championnat ou même les six. À ce moment-là, on ne le méritait pas.

Comment l’expliquer ? L’enchaînement des matchs ? Le manque de fraîcheur physique ?

Je pense qu’il y a un peu des deux. Comment on se prépare avant certains matchs. La question de la fraîcheur, oui et non. On commence la saison sans Maxime Lucu, sans Yoram Moefana, on a Nicolas Depoortere qui se blesse après le Tournoi des six nations. Tu as toujours des joueurs blessés, mais l’important est de savoir comment tu arrives à composer avec cette donnée. Le début de saison nous a coûté très cher. On a laissé filer des points un peu partout. Et le moment où on a été le moins performant, c’est quand on a perdu les internationaux. On a eu des moments où on est passé de «on prend tant de points» à «on a perdu à la maison contre Pau». Nos internationaux sont des cadres en équipe de France, donc je leur souhaite évidemment, sans blessure, d’y retourner. Mais il faut qu’on soit plus performant quand on perd ces joueurs-là.

À lire aussi Top 14 : opéré du cœur, le Toulonnais Gaël Dréan aborde son retour sur les terrains «sans la moindre appréhension»

On va travailler pour être plus solide mentalement.

Boris Palu

Quel est l’objectif affiché pour cette nouvelle saison ?

Rester aussi performant, produire un rugby où on prend du plaisir, où on veut essayer de tenir des longues séquences. C’est l’ADN du club. Par contre, il y a eu une grosse marge de progression en défense. On a un nouveau coach qui était notre coach d’attitude au contact, Aurélien Cologni. On veut être beaucoup plus durs sur notre défense de ligne. L’identité d’une équipe se perçoit aussi quand elle défend et que c’est difficile. On a eu des moments où on craquait plus facilement, mais on était obligé de marquer. Je crois qu’on marque 4,2 essais par match en moyenne. Quand c’est très dur, tu ne marques pas quatre essais, donc il faut que tu sois fort défensivement. On travaille beaucoup sur ça.

Et sur l’aspect mental ?

On va travailler pour être plus solide mentalement aussi. Il y a un moment où on va devoir enchaîner quatre matchs, prendre des points et après, il faudra se déplacer, peut-être en Angleterre pour la Coupe d’Europe. Il faudra performer sur les quatre. On ne pourra pas choisir.

Vous évoquez un rugby de vitesse, de mouvement. Prenez-vous plus de plaisir en Champions Cup, où le jeu est peut-être plus permissif ?

La Coupe d’Europe nous convient bien parce que c’est arbitré un peu différemment. Les arbitres te font aller beaucoup plus vite sur les temps de repos. C’est-à-dire que les mêlées, ils les jouent beaucoup plus rapidement. Les touches, tu ne peux pas prendre ton temps. Le rythme est moins saccadé. Ça nous va bien parce qu’on est l’équipe avec le plus de temps de jeu effectif du championnat. Plus ça va vite, plus on essaye de mettre l’adversaire en difficulté. Et en Coupe d’Europe, tu as l’impression qu’à chaque match, tu joues ta survie. Donc tu te dis : “Si je ne fais pas 19 ou 20 points, on va certainement devoir jouer notre quart à Dublin ou à Toulouse.” Et je trouve que l’équipe de Bordeaux arrive à surperformer vraiment quand elle cible un match, à taper du poing sur la table et dire : “On est le champion d’Europe.”

Le club fait-il monter assez de jeunes dans l’effectif professionnel, en comparaison avec une équipe comme le Stade Toulousain ?

Le club fait quand même le nécessaire. Je les ai vus beaucoup s’entraîner avec nous. Après, il faut qu’eux performent aussi. L’année dernière, les Espoirs n’ont pas performé. Donc comment utiliser des joueurs si, dans leur championnat, ils ne surnagent pas ? C’est compliqué. Il y a quand même eu Joseph Laharrague qui a disputé quelques matchs, Adrien Drault, Elyjah Ibsaiene qui a fait sa première et qui a joué pendant les amicaux. Donc, je pense qu’on va pouvoir compter sur lui. C’est sûr, Toulouse a vraiment cette chance d’être dans un environnement où tous les jeunes de la région veulent venir jouer au Stade Toulousain. Ils en sortent beaucoup. C’est tout à leur honneur parce que c’est impressionnant. Mais à Bordeaux, cette année, les dirigeants ont vraiment remis la formation au centre du projet. Ils ont changé les entraîneurs Espoirs également, c’est Jean-Baptiste Dubié qui va chapeauter tout ça. Ils se disent qu’il faut sortir plus de joueurs du centre de formation. Il y en a eu, Louis (Bielle-Biarrey), Pierre Bochaton, Nicolas Depoortere, Matthieu Jalibert… Tous ces joueurs sont passés par le centre. Mais l’idée, c’est de continuer à en faire monter.