Révélé au grand public à 17 ans par un troisième tour retentissant à Roland-Garros, Moïse Kouame a connu un été beaucoup plus discret. Après plusieurs défaites, le jeune Français a intégré le Top 200 mais n’a pas réussi à franchir les qualifications de l’US Open.

Passer la publicité Passer la publicité

Il avait quitté Roland-Garros porté par une ovation, presque comme si le court Suzanne-Lenglen avait adopté un nouveau héros. Trois mois plus tard, Moïse Kouame a retrouvé une forme de normalité, celle des lendemains moins clinquants où chaque victoire se conquiert loin des projecteurs. Et à 17 ans, cette traversée du désert avait quelque chose d’inévitable.

À Paris, le Sarcellois avait pourtant frappé fort. Pour son premier tableau principal en Grand Chelem, il avait éliminé Marin Cilic, ancien vainqueur de l’US Open et alors 46e mondial, avant de livrer un deuxième tour dantesque contre Adolfo Daniel Vallejo, 71e mondial. Menant deux sets à rien puis rattrapé, Kouame avait fini par s’imposer au super tie-break après 4h56 de combat, devenant le plus jeune Français de l’ère Open à atteindre le troisième tour de Roland-Garros. Un record de précocité depuis la légende espagnole Rafael Nadal.

Passer la publicité

Face au Chilien Alejandro Tabilo, le rêve s’était finalement fracassé après 3h40 de jeu et quatre manches. Le Français avait encore séduit le Lenglen par son audace et son énergie, avant de s’incliner 4-6, 6-3, 6-4, 7-6. Le public, lui, avait déjà adopté le gamin de Sarcelles.

De la folie du Lenglen à un été en sourdine

Pas de tableau principal à Wimbledon, puis une succession de sorties prématurées. Le phénomène parisien a brutalement disparu des radars, non pas parce qu’il avait cessé de progresser, mais parce que les résultats n’alimentaient pas la lumière.

Début juillet, Kouame s’inclinait dès le premier tour du Challenger de Braunschweig contre l’Allemand Max Hans Rehberg, alors 510 mondial, 4-6, 4-6. Quelques jours plus tard, le même scénario à Bastad : défaite face au portugais Nuno Borges, 52e mondial, 4-6, 2-6. Puis nouvelle sortie au premier tour de Los Cabos, cette fois contre l’Australien Edward Winter, 391e mondial, 1-6, 4-6. Trois tournois, trois défaites. Après le vacarme de la Porte d’Auteuil, le calendrier avait soudainement pris des allures de couloir vide. Une blessure au coude avait également perturbé sa programmation, jusqu’à le contraindre à renoncer au Challenger de Lyon. Mais, à Cancún, la pépite de 17 ans a retrouvé ce qui lui manquait le plus.

À lire aussi Tennis : Moïse Kouamé battu d’entrée à Bastad par le Portugais Nuno Borges

À lire aussi Tennis : révélation de Roland-Garros, Moïse Kouame blessé au coude et forfait pour le tournoi Challenger de Lyon

Cancún, le déclic contre un joueur du Top 100

Sur les courts durs mexicains, Kouame a commencé par dominer Felipe Meligeni Alves, 567e mondial, 6-1, 6-4. Rien de spectaculaire sur le papier, mais une victoire précieuse pour un joueur qui n’avait plus gagné un seul match depuis Roland-Garros.

Puis est arrivé l’argentin Roman Burruchaga, 61e mondial et tête de série N.2 du Challenger 125. L’Argentin devait être le premier véritable test de la semaine... Balayé par Kouame, 6-2, 6-2.

Passer la publicité

La pépite a imposé son rythme, mais c’est surtout sa dimension athlétique qui a frappé, comme à Roland. Courses, défenses, changements de direction... Le Français a rappelé pourquoi son potentiel physique intrigue autant. Une séquence devenue virale où il transforme une défense désespérée en coup gagnant au filet résume parfaitement cette prestation.

En quarts, Moez Echargui l’a finalement stoppé au bout d’une bataille de 3h19 : 6-4, 2-6, 7-6. Kouame avait pourtant mené d’un break dans la dernière manche avant de céder dans le tie-break. Une défaite, certes, mais pas une marche arrière, puisqu’elle lui a surtout offert une récompense plus concrète avec le Top 200 mondial.

Le Top 200 avant l’US Open

Classé 214e avant Cancún, Kouame est désormais 199e à l’ATP, le meilleur classement de sa jeune carrière. Une progression qui remet son nom dans le paysage au moment où le tennis français vit une séquence particulièrement intéressante.

Alors que Kouame tente de franchir les portes du Top 200, Arthur Fils vient, lui, de s’installer dans une autre dimension. À Cincinnati, le Français de 22 ans a remporté son premier Masters 1000 en dominant Frances Tiafoe (6-3, 1-6, 6-0), devant le premier Tricolore à gagner un tournoi de cette catégorie depuis Jo-Wilfried Tsonga en 2014.

Les trajectoires sont évidemment incomparables. Mais pour Kouame, l’éclosion de Fils rappelle aussi qu’un jeune Français peut désormais passer de la promesse au très haut niveau sans nécessairement suivre une ligne parfaitement rectiligne. Et le jeune Sarcellois avait déjà prévenu dès le printemps qu’il n’était pas venu pour simplement faire joli dans les tableaux.

Passer la publicité

Dans les pas de Nadal, sans brûler les étapes

Avant même Roland-Garros, Kouame avait marqué les esprits à Miami. Invité dans le tableau du Masters 1000, il avait remporté à 17 ans son premier match sur le circuit ATP face à l’Américain Zachary Svajda, 96e mondial, 5-7, 6-4, 6-4. Il était alors devenu le plus jeune joueur à gagner un match en Masters 1000 depuis Rafael Nadal en 2003.

À lire aussi Tennis : record de précocité, message de Djokovic, crampes... pour Moïse Kouamé, une première inoubliable à Miami

Quelques semaines plus tard, Roland Garros a prolongé la comparaison. En atteignant le troisième tour, Kouame est devenu le plus jeune joueur à atteindre ce stade d’un Grand Chelem depuis Nadal à Wimbledon en 2003. À Paris, seuls quatre joueurs avaient fait mieux en termes de précocité, parmi lesquels Michael Chang et l’illustre Björn Borg, tous deux âgés de 16 ans, en 1998 et 1973.

« Pour un jeune de 17 ans, être en mesure physiquement et mentalement de tenir la route, c’est impressionnant. Ça montre qu’il a des qualités indéniables en tant que compétiteur. »

Liam Smith, entraîneur de Moïse Kouame, après sa prestation au deuxième tour de Roland-Garros face à Adolfo Daniel Vallejo.

Autant de chiffres qui disent quelque chose du potentiel, mais pas encore de la destination. À 17 ans, le plus difficile commence peut-être précisément maintenant : transformer les coups d’éclat en habitude... Plus facile à dire qu’à faire.

Le rendez-vous new-yorkais aura finalement tourné court. Pour son entrée en qualifications de l’US Open, le Sarcellois s’est incliné ce mardi face à l’Américain Nishesh Basavareddy, 163e mondial, en trois sets (6-7, 6-4, 3-6). Kouame quitte donc le Flushing Meadows dès le premier tour, sans avoir pu prolonger son ascension vers un deuxième tableau principal en Grand Chelem. Le résultat est frustrant, mais il ne gomme pas le regain de forme observé à Cancún quelques jours plus tôt. Il poursuit sa progression déjà jalonnée de précocité et de coups d’éclat.