Le sélectionneur du XV de France a longuement évoqué les liens qui unissent les Bleus et les joueurs îliens avant leur confrontation, ce samedi à Lyon, en ouverture du Championnat des nations.

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Un XV de France amputé de nombreux blessés

Fabien Galthié : «Les joueurs sont confrontés toutes les semaines, tous les week-ends, au danger de la blessure, en plus de l’émulation, de la compétition et de la concurrence. Mais on reste en phase avec notre vision et notre stratégie de préparation. Ce qui est intéressant, c’est de voir la continuité qu’on peut avoir avec la dernière équipe de France de cet été. Maxime Lamothe était présent, Sipili Falatea était présent, Florian Verhaeghe était présent, Mickaël Guillard était présent. Je pourrais citer également Romain (Ntamack), Kalvin Gourgues, Aaron (Grandidier-Nkanang), Jeff Poirot, Maxime Lamothe, Peato Mauvaka, Régis Montagne… Ils étaient tous avec nous cet été. On a quand même essayé de conserver cette dynamique-là, même si, par exemple, toute la troisième ligne qui était titulaire face à l’Australie (en juillet) n’est pas là : Lenni Nouchi, Oscar Jegou et Marko Gazzotti. Mais on bénéficie aussi de retour de blessures, ou de saison difficile, comme Antoine Dupont, François Cros, Cameron Woki, Charles Ollivon, ou encore Louis Bielle-Biarrey, qui avait été laissé au repos cet été. Ce sont des retours de joueurs importants qui comptent, et qui ont compté pour l’équipe de France auparavant.»

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La charnière Dupont-Ntamack enfin de retour en bleu

«Ce sont deux tops joueurs de l’équipe de France, des joueurs qui ont beaucoup gagné avec notre équipe depuis 2020. En plus, Romain et Antoine jouent ensemble au Stade Toulousain. C’est un atout pour eux et pour l’équipe de France. Ils ont besoin de rejouer avec cette équipe. C’est vraiment un point positif dans cette composition d’équipe : l’expérience qu’ils ont avec nous, qu’ils ont pu acquérir depuis maintenant huit saisons. À ce niveau-là, l’expérience collective est importante. Eux, ils en ont, même s’ils ont peu joué ensemble sur ce second mandat.»

La mêlée, ça reste la mêlée. Normalement, on n’innove pas. Mais là, on a cherché à innover. On a simulé l’opposition avec notre méthode et je suis très satisfait. Ce n’est qu’un ressenti, mais on a fait un choix, on a pris une direction. Passer la publicité

La mêlée tricolore en difficulté

«Je ne vais pas rentrer dans les secrets de fabrication, vous raconter des choses avant qu’on joue. C’est le match qui sera le juge de paix de toute façon. Ce qui est certain, c’est qu’on l’a beaucoup travaillée. On a changé notre méthode de travail, de préparation. Je ne peux pas trop partager ça… La mêlée, ça reste la mêlée. Normalement, on n’innove pas. Mais là, on a cherché à innover. On a simulé l’opposition avec notre méthode et je suis très satisfait. Ce n’est qu’un ressenti, mais on a fait un choix, on a pris une direction. Maintenant, il va falloir voir ce que ça donne sur le terrain quand on va l’appliquer. Mais clairement, on assume nos choix, nos décisions et notre façon de travailler. On a modifié pas mal de choses dans ce secteur, on a changé les traditions dans la préparation d’un match autour de cette phase de jeu…»

Les Fidji, un adversaire particulier…

«Je les connais bien puisque, sur nos dix dernières confrontations depuis 1991, je les ai affrontés sept fois en tant que joueur ou en tant que sélectionneur… En 1998, je me souviens, on part en tournée là-bas. C’est le début du rugby professionnel et ils ne sont pas encore arrivés en France. On croit, nous, qu’on va voir les palmiers, le Pacifique, que ça va être sympa. On a deux matchs qui sont restés dans la mémoire où on s’est fait attaquer. On a découvert une nation de rugby avec des talents partout et une agressivité sur l’homme incroyable. Quand je suis rentré dans mon club, à Colomiers, j’ai dit : «On a joué des joueurs que vous ne connaissez pas. Quand ils vont venir en France, ils seront tous titulaires…» Ils sont arrivés en France avec l’ère du rugby professionnel. Ils ont commencé à débarquer à la fin des années 90 et se sont imposés naturellement dans tous les clubs où ils ont joué. On a une grande affection pour ces joueurs, pour ces hommes aussi, un grand respect. On sait comment ils vivent. C’est difficile pour eux de quitter leurs coutumes. On ne vit pas en Europe, en France, comme aux Fidji. Ils ont donc souvent une période de transition difficile. C’est dur pour eux de quitter leur famille, leur culture, leur village, leur club. J’ai un grand respect, une grande affection pour ces joueurs. Je parle en mon nom, mais aussi au nom de toute l’équipe de France. On a beaucoup d’amour pour cette équipe parce que ce sont des très grands joueurs de rugby. On a des liens très forts avec ces joueurs-là. Ça va être de belles retrouvailles et, après, on aura plaisir à partager avec eux un moment de convivialité et de joie.»

De temps en temps, on peut penser que le rugby a des idées géniales. World Rugby en a eu une en créant cet affrontement nord-sud, avec deux ligues, avec des finales rassemblées à Twickenham…

Et un adversaire coriace…

«Ce sont d’abord des joueurs qui ont un talent individuel hors norme. On le voit tous les week-ends dans notre championnat. Leur capacité à surprendre, à être imprévisible. Ils adorent jouer les duels. Ils sont puissants, ils sont adroits. Ce sont souvent les meilleurs marqueurs d’essais de notre championnat. Ce sont des redoutables finisseurs. (…) Les moments les plus heureux pour eux, c’est quand ils sont sur un terrain. Ils aiment jouer avec le ballon, ils ne se posent pas de questions. Et, souvent, ce sont les meilleurs joueurs de leur équipe, ceux qui cassent le premier plaquage, qui font basculer les matchs à des moments incroyables. Se préparer face aux Fidji et étudier leur jeu, c’est d’abord voir tout leur talent, tout ce qu’ils sont capables de faire. Ce sont des joueurs spectaculaires et samedi, ce sera un match très spectaculaire. On ne sait jamais avec eux ce qui va se passer. Tout peut arriver. Et souvent, c’est spectaculaire. Et pour ceux qui aiment le rugby, ce sont des matchs à regarder. On va rajouter leur nouveau sélectionneur, Jack White, champion du monde avec l’Afrique du Sud en 2007. Il n’y a pas beaucoup de sélectionneurs en ce moment sur le circuit qui sont champions du monde : il y a lui et Erasmus (le sélectionneur de l’Afrique du Sud). On va se mesurer là aussi à des compétences hors normes. Donc, le challenge est très élevé. On en a conscience et on se prépare en conséquence depuis dix jours.»

Le Championnat des nations, une compétition officielle

«L’équipe de France a la chance de jouer cette compétition. Il faut vivre à fond cette expérience. Personnellement, je trouve cette compétition magnifique. Rassembler les douze meilleures nations du monde pour transformer les tournées, une tradition dans le rugby, qui avaient besoin d’évoluer parce que notre monde évolue. La lecture doit être plus claire et donner un challenge à chaque compétition. Je trouve l’idée formidable. De temps en temps, on peut penser que le rugby a des idées géniales. World Rugby en a eu une en créant cet affrontement nord-sud, avec deux ligues, avec des finales rassemblées à Twickenham… Ça me fait penser, quand on est enfant, aux tournois qu’on dispute sur un week-end. Souvent, vous jouez contre des équipes moins de dix, moins de douze ans, de votre région, de votre département. Et là, on rassemble les douze meilleures équipes au monde dans le temple du rugby pour s’affronter pendant trois jours. Je trouve que c’est une idée géniale. Pour le rugby et pour ceux qui aiment le rugby.»

Propos recueillis en conférence de presse