Au lendemain de sa victoire à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) en 21 heures 54 minutes 49 secondes, la Française Blandine L’Hirondel ne réalise toujours pas dimanche qu’elle a accompli un exploit dont elle n’avait jamais osé rêver.

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Est-ce que vous réalisez que vous avez remporté l'UTMB ?

«Pas vraiment. Hier je suis arrivée tellement exténuée, éreintée, au bout de moi-même, que j'ai eu du mal à me rendre compte de ce qu'il s'était passé. J'ai fait un petit malaise à l'arrivée, j'ai tenu pour accueillir les deuxième et troisième mais ensuite j'ai passé quatre heures avec l'équipe médicale pour me requinquer. Ensuite je suis rentrée chez moi et normalement, c'est là qu'on allume le portable et qu'on réalise mais là j'ai pris une douche, je me suis mise dans mon lit direct, extinction des feux complet. Ce matin j'ai repris un petit peu d'énergie mais je ne réalise toujours pas ce qu'il s'est passé.»

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Les derniers kilomètres ont semblé extrêmement difficiles, comment avez-vous trouvé les ressources pour aller au bout ?

«J'avoue que je suis allée pousser très loin. J'ai l'habitude de pousser mais pour une première place à l'UTMB, je pense qu'on peut déplacer des montagnes. C'est quelque chose qui marque à vie de gagner un UTMB. J'ai donné tout ce que je pouvais. J'avais le visage fermé à la fin et ça ne me ressemble pas trop car j'aime la communion avec le public mais les derniers kilomètres, j'avais la tête baissée pour me concentrer dans l'effort, je n'avais plus aucune énergie pour regarder les gens, faire un sourire ou dire un mot.»

On vous a aussi vu en pleurs en arrivant à la Flégère à quelques kilomètres de l'arrivée, c'était de la douleur ou de l'émotion ?

«J'ai vu le ravitaillement et j'ai aussi vu le nombre de personnes qui étaient là pour moi à m'attendre. Ca m'a d'autant plus émue que sur mes deux CCC (course annexe de l'UTMB) et mes deux UTMB par le passé, j'ai toujours trouvé que la Flégère, c'était un petit peu tristounet car j'arrivais dans le top-10 femmes mais tout le monde était déjà parti pour aller accueillir les premiers à Chamonix. Là, autant de monde, c'était vraiment beaucoup d'émotions.»

Vous disiez avant la course qu'il ne fallait pas vous compter parmi les favorites en raison de votre endofibrose iliaque, et pourtant...

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«J'espère qu'on n'a pas pensé que c'était du bluff car je ne m'attendais vraiment pas du tout à faire ça. Je n'avais même pas d'objectif de chrono. Je n'y croyais pas de pouvoir gagner un jour un UTMB, donc ça n'avait même jamais été un rêve. Je voulais juste faire mon petit tour du Mont-Blanc tranquille parce que je n'étais pas certaine de mon état physique. Quand j'ai vu que j'étais bien devant, j'ai compris que je pouvais faire un beau résultat, mais alors une victoire, encore loin de là ! Pendant toute la course j'avais envie qu'on me rattrape car sur mes UTMB en 2023 et 2024, j'étais partie devant et je m'étais fait doubler et c'est horrible ce scénario mentalement. Je ne voulais absolument pas avoir ce scénario mais bon, je ne voulais pas non plus ralentir pour faire exprès qu'on passe devant.»

Vous avez senti les effets de votre endofibrose pendant la course ?

«Au tout début et je m'y attendais parce que les intensités sont un peu plus élevées que sur le reste de la course. J'ai senti la cuisse qui commençait à s'engourdir mais finalement c'est un bon repère, ça me permettait de dire +oh la la, ralentis un petit peu+.»

Pensez-vous déjà à la suite ?

«Je ne me suis rien mis au programme pour la fin de l'année car je sentais que j'étais à la limite mentale et physique. J'ai vraiment besoin de récupérer et de profiter. J'ai envie de voir ce que la vie me réserve mais pour l'instant je n'en sais rien et je me laisse du vide pour faire un +reset+. Et en novembre, je me fais opérer de cette endofibrose donc la fin d'année, je vais la passer avec ma famille à prendre soin de moi.»