Vainqueur à Los Cabos, au Mexique, dans la nuit de samedi à dimanche, le jeune français de 21 ans a décroché son premier titre sur le circuit ATP. Une consécration après des années à peaufiner son jeu et son caractère.
Passer la publicité Passer la publicitéIl ne devait pas disputer ce tournoi
Toujours habitué au circuit Challenger, la division inférieure de l’ATP, Arthur Géa a assurément vécu les jours les plus mouvementés de sa carrière. Renforcé par un joli parcours au Challenger de Granby, au Canada, la semaine dernière, le Français avait prévu d’enchaîner avec un autre Challenger, celui de Bloomfield Hills, dans le nord des États-Unis. Il n’a finalement pas pu se rendre au tournoi, la faute à plusieurs vols annulés à cause d’un problème mécanique puis une météo capricieuse.
Dans l’impossibilité de reporter la rencontre, Géa a finalement décollé direction Los Cabos, au Mexique, pour un vol de huit heures. Après un passage par la douane mexicaine qui lui a valu 4 000 euros de taxes sur ses tenues Lacoste (son équipementier), il a enfin pu rejoindre le site du tournoi. Un paiement bien amorti. Vainqueur là-bas, après être arrivé en avance, Arthur Géa est ainsi passé de la 127e à la 81e place mondiale, son meilleur classement en carrière. «Ça valait le coup d’avoir toutes ces galères de voyage», a souri le Français dans des propos rapportés par L’Equipe .
Passer la publicitéUn changement d’entraîneur imprévu
Le natif de Carpentras s’est longtemps cherché sur le circuit ATP, mais devait poursuivre l’aventure avec son nouveau coach. D’abord sous la houlette de l’Algérien Tarik Benhabiles de 2022 à 2025, le tricolore a ensuite collaboré avec Gerald Melzer, avant que l’Autrichien ne claque la porte après Wimbledon, début juillet, le laissant sans entraîneur. À la recherche d’un nouveau mentor avant la tournée américaine, Arthur Géa s’est tourné vers le jeune technicien Andrea Morlet (30 ans), avec qui il a donc déjà franchi un cap après un mois de travail.
Une relation fructueuse, partie pour durer ? «Comme je n’avais rien de prévu, je lui ai dit que je pouvais l’aider cet été, et après, on verra comment ça évolue (...) Si ça se passe bien, il y a possibilité de continuer», a confié Andrea Morlet à L’Equipe . Passé chez les professionnels en 2025, Arthur Géa, à l’aise au service et en coup droit, est dans la forme de sa vie.
Parmi les plus précoces du tennis mondial
Tombeur du Canadien Denis Shapovalov (68e) en finale au Mexique, Arthur Géa a ouvert son compteur à seulement 21 ans, dans la lignée des plus grands talents de sa génération. Il est devenu le sixième joueur né depuis 2005 à remporter un titre ATP avec João Fonseca, Jakub Mensik, Learner Tien, Rafael Jodar et Shang Junchen. Un joli club puisque les quatre premiers figurent dans le top 30 mondial et possèdent déjà un sacré tableau de chasse. Si le Chinois Shang Junchen peine à confirmer (270e), Arthur Géa peut s’appuyer sur l’exemple montré par ces concurrents directs. Le pur produit de la formation française pourrait bien se faire une place de choix dans le tennis tricolore, en trombe cet été.
«J’ai la chiasse», les galères à Roland Garros
S’il a quitté le Grand Chelem parisien dès le premier tour en mai dernier, Arthur Géa a offert malgré lui une scène assez insolite aux spectateurs du court Suzanne-Lenglen. Alors qu’il défiait le Russe Karen Khachanov, le Français a sans doute vécu l’un des moments les plus douloureux de sa jeune carrière. Sous le cagnard, en pleine canicule, le tricolore s’est plaint de maux d’estomac dans la première manche. «J’ai la chiasse, j’ai envie d’aller aux toilettes. Je ne peux plus bouger, je vais ch*** sur le court», a-t-il lancé désabusé face aux officiels dans une séquence captée par les caméras de télévision. Un ennui gastrique qui a fait le tour des réseaux sociaux, même si le Français a préféré retenir des «émotions de fou» dans «l’une des meilleures ambiances de [sa] vie». Une entrée en matière inoubliable devant le public parisien.
Un marathon face à Wawrinka en Australie
4h33. Pour ses grands débuts dans un tableau principal en Grand Chelem, le Français a été formidable à l’Open d’Australie en janvier dernier. Sorti facilement des qualifications puis vainqueur autoritaire de Jiri Lehecka (alors 19e joueur mondial) au premier tour, Arthur Géa a failli s’offrir le scalp d’une légende. Opposé au vieillissant suisse Stan Wawrinka (40 ans), le novice a cédé au terme d’un ultime tie-break après un match dantesque en cinq sets (4-6, 6-3, 3-6, 7-5, 7-6). Une défaite face à un homme qui avait alors le double de son âge mais un immense moment de tennis, le premier pour Géa et l’un des derniers pour Wawrinka, qui tire sa révérence cette saison.
