ENTRETIEN – 31e mondial et numéro 5 français, le pongiste de 31 ans garde la même passion pour son sport et ambitionne de monter sur le podium lors des Championnats d’Europe à Ljubljana (jusqu’au 18 octobre).

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Vous avez récemment atteint la finale à Almaty, mais vous restez aussi sur une défaite d’entrée au Smash de Pékin. Dans quel état de forme abordez-vous ces Championnats d’Europe ?

Simon Gauzy : J’avais réalisé de très bons mois en juin et juillet, à un moment où je pensais que j’allais commencer à tirer un peu la langue. Derrière, je suis parti en vacances avec la tête reposée. L’été a été un peu plus compliqué au sens où je n’ai pas joué beaucoup de matchs. La finale à Almaty m’a fait beaucoup de bien pour reprendre de la confiance, tout simplement. Malheureusement, cela ne s’est pas concrétisé à Pékin. Mais je reste très ambitieux sur ces Championnats d’Europe.

Justement, quel est votre objectif à Ljubljana ?

Je pense que mon premier objectif est d’arriver dans la meilleure forme possible parce qu’on a bien vu qu’au dernier Top 16 européen (en février dernier), j’ai battu Patrick Franziska et derrière, j’ai eu une balle de match face à Alexis (Lebrun) en quarts. Et c’est lui qui a gagné derrière. Donc, je me dis qu’on ne sait jamais, qu’il y a des opportunités à saisir sur une telle compétition. Je me vois toujours dans cette position d’outsider, avec cette sensation, au plus profond de moi, de ne pas être loin de pouvoir rejouer à un très bon niveau.

Vous estimez pouvoir vous immiscer entre les frères Lebrun ou un Truls Moregard ?

Je m’en sens capable, oui. Parce que j’ai déjà battu presque tout le monde, à part Truls, mais les deux fois dernières fois que je l’ai joué, j’étais quand même assez proche de lui. Je vois bien que face à un Alexis qui joue extrêmement bien cette année, il y a eu deux fois où j’ai eu des balles de match. Et Félix, je l’ai déjà battu. Donc encore, comme je l’ai dit, je l’ai eu au top 16. Je me dis qu’il y a des choses qui peuvent être sympas à aller jouer. Je n’ai pas envie de m’interdire quoi que ce soit. Après, on verra bien ce qui se passe, mais j’y crois vraiment à fond.

Clairement, depuis 15 ans que je suis sur le circuit, je n’avais jamais vu ça.

Simon Gauzy

Quel regard portez-vous sur l’enchaînement entre le Smash de Chine et ces Championnats d’Europe en moins d’une semaine, avec un décalage horaire à avaler au passage ?

Déjà, je veux préciser que les championnats d’Europe restent l’une des plus grosses compétitions au monde pour nous, Européens. Sinon, pour revenir sur ces voyages avec des plages de repos très réduites, c’est vrai que cette année, c’est peut-être encore plus exagéré que les précédentes, malgré le rythme assez fou qu’on a pu déjà connaître. Ce n’est pas facile. On commence à s’habituer, j’ai envie de dire malheureusement. On le savait depuis quelque temps déjà. Il faut s’adapter, c’est clair. Donc on essaie de voyager dans les meilleures conditions possibles, d’utiliser toutes les plages de repos qu’on peut.

Vous parlez d’opportunités à saisir. On a le sentiment, aujourd’hui, que le «ping» international est beaucoup plus ouvert qu’auparavant, avec des Chinois qui ne dominent plus comme avant…

À mon avis, au top de sa forme psychologique et physique, Wang Chuqin reste le meilleur du monde. Pas de très loin, mais il domine. Lors des grosses compétitions, il a toujours répondu présent. Récemment, aux Jeux asiatiques, c’est lui qui a porté l’équipe chinoise. Après, il a perdu en finale en individuel (contre Lin Shidong), mais il a le droit d’en perdre un de temps en temps, surtout face à des joueurs comme ça, qu’il affronte très régulièrement. Je pense que c’est quand même lui qui domine le ping mondial, mais on sent, à travers certaines de ses interviews, que ce statut lui pèse aussi, qu’il a une pression énorme. J’ai l’impression que son corps ne suit pas vraiment ces derniers temps. Donc si lui n’est pas à son top, effectivement, derrière, le niveau mondial global a énormément évolué et progressé dans le bon sens. La Chine dispose de moins de joueurs dominants, c’est très clair. Clairement, depuis 15 ans que je suis sur le circuit, je n’avais jamais vu ça. Et là, c’est arrivé assez brutalement parce qu’il y a encore deux ans, ils étaient cinq dans les six premiers mondiaux et là, ils ne sont que deux dans le Top 10, et aucun sur le podium (Wang Chuqin est 5e et Lin Shidong 9e). C’est assez incroyable.

Par rapport au classement, est-ce compliqué pour vous de naviguer autour de la 30e place (il est 31e cette semaine), sachant que du coup vous êtes en danger à chaque tirage ? Et que cela fragilise votre participation au WTT Champions de Montpellier (27 octobre-1er novembre) par exemple ?

Dans n’importe quel pays, à part la Chine et le Japon, je serais qualifié sur tous les Champions. On verra bien si je suis à Montpellier, je ne veux pas trop m’avancer en affirmant que je pense y être quand même. Mais c’est vrai que c’est une place un peu spéciale parce que maintenant, avec le niveau du «ping» français, ça va être difficile pour moi de jouer ces tournois-là. Être 30e mondial ne suffira pas, il va falloir remonter au classement et essayer de rester dans le Top 20. C’est mon objectif, clairement. Sur ce plan, Almaty m’a fait du bien, ne serait-ce que pour reprendre quelques places au classement. Les Contenders et les Star Contenders sont des tournois que je suis obligé de jouer régulièrement et qui me plaisent aussi. Et puis de toute manière, il n’y a que 6 ou 7 joueurs qui peuvent se permettre de ne jouer que les gros tournois. Maintenant, je ne peux pas jouer tous les tournois non plus parce que je sais que l’année préolympique (2027) sera très costaude. Il va falloir charbonner un peu partout dans le monde, encore plus que ce qu’on fait actuellement, parce qu’il y aura une énorme concurrence au sein du groupe France. Moi, je le vis bien. Je vais m’arracher. J’aime ce que je fais et on voit que lorsque je me sens épanoui, je joue encore bien.

J’ai toujours cette envie de jouer régulièrement, mais en même temps, je reconnais que les voyages me pèsent la plupart du temps.

Simon Gauzy

Vous aviez confié il y a quelque temps qu’avec l’âge et votre vie de famille, cela devenait plus difficile de vous éloigner des vôtres. Du coup, comment comptez-vous bâtir cette année préolympique ?

Mon objectif sera d’arriver à un an des Jeux olympiques de Los Angeles pas trop loin au classement pour me permettre de jouer les gros tournois, et d’avoir quelques places tête de série sur des plus petits tournois. Le tout en n’étant pas carbonisé. J’ai toujours cette envie de jouer régulièrement, mais en même temps, je reconnais que les voyages me pèsent la plupart du temps. C’est compliqué parfois, surtout avec deux enfants assez jeunes. Donc tout ça n’est pas facile, entre jouer régulièrement pour ne pas descendre trop bas au classement et en même temps garder de la fraîcheur parce que je sais que je vais en avoir besoin si je vis mes quatrièmes Jeux olympiques.

Imaginez-vous déjà ces JO 2028 comme votre dernière danse ? Ou bien préférez-vous ne pas anticiper le moment où vous arrêterez ?

Je pense qu’on se rapprochera plus de cette dernière option parce que déjà, encore une fois, j’aime ce que je fais. Certes, les voyages me prennent de l’énergie et ce n’est pas toujours facile à gérer. Mais à Los Angeles, j’aurai 33 ans. Ce n’est pas vieux pour un sportif aujourd’hui. En revanche, je suis en concurrence avec des joueurs qui ont entre 18 et 21 ans, ce qui rend la chose évidemment plus compliquée. Et peut-être que l’équipe de France en 2032 sera un objectif trop élevé à aller chercher. Mais arrêter, ça, c’est sûr que non, en tout cas pas pour le moment. Je ne prendrais cette décision que le jour où ma motivation et mon plaisir auront disparu. Mais j’ai l’impression que je suis encore assez loin de ce moment-là. Pour le moment, je l’espère en tout cas.