En raison des contraintes logistiques et sportives, les voyages pour affronter des provinces sud-africaines limitent fortement les chances de qualification des équipes du Top 14 obligées de se déplacer à l’autre bout du globe.

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Chaque année, c’est la même épée de Damoclès au-dessus des équipes françaises avant que le calendrier de la Champions Cup ne soit dévoilé : ça va tomber sur qui ? Qui va devoir se déplacer en Afrique du Sud lors de la phase de poules ? Les contraintes sont connues : des déplacements exténuants, parfois jusqu’à 25 heures de vol en classe économique pour rallier l’autre bout de la planète, des contraintes logistiques nouvelles, un choc thermique à gérer et un défi sportif de taille face aux meilleures provinces sud-africaines.

Depuis l’intégration de ces dernières à la compétition en 2022, seulement trois équipes du Top 14 sont allées s’imposer au pays des Springboks lors de la phase de poules : Toulon chez les Stormers en décembre 2024 (24-14), Toulouse sur la pelouse des Sharks en décembre 2025 (20-8) et, Bordeaux-Bègles chez les Bulls en décembre de l’année dernière (46-33).

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Sachant qu’ils devaient réaliser un sans-faute dans la phase de groupes pour être sûrs de recevoir jusqu’en demi-finale, Yannick Bru et ses joueurs avaient clairement fait de leur déplacement à Pretoria un objectif priorité. Ce qui n’avait pas empêché le manager bordelais de vertement critiqué cette situation : «On joue notre avenir dans cette compétition sur seulement quatre matchs. Les équipes ne respectent pas chacun de ces quatre matchs, puisque les Sud-Africains jouent avec leur équipe type à domicile et envoient leurs espoirs à l’extérieur. Donc vous comprenez que la compétition est totalement faussée.» Avant de se rendre en Afrique du Sud, l’UBB avait décidé d’organiser elle-même son épuisant voyage, celui proposé par l’EPCR étant encore bien plus contraignant et énergivore.

Si les Sud-Africains doivent continuer à exister dans cette compétition, il faut vraiment réfléchir au rythme du calendrier. Il n’est pas forcément approprié… Ou fausse la compétition

Ugo Mola

Cette année, trois écuries françaises vont devoir se rendre «down under». Le Stade Français Paris affronte ce samedi les Bulls à Pretoria et a décidé d’envoyer une équipe remaniée avec beaucoup de jeunes issus du centre de formation. Lors de la deuxième journée, le Stade Toulousain se rendra à Johannesburg affronter les Lions (endeuillés ce vendredi par la mort d’un joueur), avec l’obligation de ramener des points. Et le Racing 92 devra se déplacer au Cap pour affronter les Stormers, lors de la 4e et dernière journée.

Malgré la victoire décrochée à Durban il y a deux saisons, Ugo Mola avait avancé que «si les Sud-Africains doivent continuer à exister dans cette compétition, il faut vraiment réfléchir au rythme du calendrier. Il n’est pas forcément approprié… Ou fausse la compétition.» Et de souligner que «les conditions étaient très particulières, la sensation de l’équipe à la fin du match était d’être complètement rincée avec les conditions physiques éprouvantes».

Début décembre, à l’occasion de la deuxième journée, Antoine Dupont et les quadruples champions de France devront en passer par un déplacement à Johannesburg pour défier les Lions, qui participent pour la première fois à la compétition. Un voyage forcément à hauts risques puisque, lors des deux dernières éditions, les Toulousains avaient lâché des points en route, ce qui les avait privés d’un parcours à domicile jusqu’en demies. Au contraire de l’UBB.

Les Springboks restent la priorité

Cette saison, les contraintes sont encore plus contraignantes que par le passé, la phase de poules étant encore plus saucissonnée, avec une journée en octobre, une autre en décembre et les deux dernières en janvier. Encore plus compliqué pour mener de front cette compétition avec le Top 14. «Un match en Afrique du Sud, c’est une débauche d’énergie folle, avait reconnu Grégory Alldritt, le numéro 8 du Stade Rochelais qui avait réussi le tour de force de s’imposer cette fois en huitièmes de finale chez les Stormers en avril 2024 (22-21). Tu joues face à des athlètes, sous 30 degrés… Il va falloir récupérer un maximum du voyage et engranger un maximum d’énergie pendant la semaine.»

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Dans les colonnes du quotidien Ouest France, Romain Bourdiol, le directeur de la haute performance de la Section Paloise, avait détaillé les galères qu’engendrent ces voyages qui peuvent s’étaler sur près de 36 heures, entre les trajets en bus, les plusieurs vols et, forcément, les longues escales. «Il y a beaucoup d’attente. Ce n’est pas bon pour les corps. Cela engendre une mauvaise circulation sanguine et donc une mauvaise récupération du dernier entraînement ou match. Cette passivité entraîne aussi un relâchement musculaire, avait-il expliqué. Dans l’avion, certaines personnes peuvent avoir du mal à gérer leur hydratation. On peut aussi être soumis à des infections bénignes…»

Nous avons besoin qu’une équipe sud-africaine atteigne les demi-finales, voire la finale, cette saison. Nous voulons être à la table des grands du rugby de clubs mondial. Nous tenons absolument à y rester

John Dobson, entraîneur des Stormers

Du côté des franchises sud-africaines, on est également conscient des contraintes inhérentes à la Champions Cup : régulièrement, elles font tourner leur effectif quand elles se déplacent en Europe. En début d’année, un retrait pur et simple de la compétition avait même été évoqué. Sans conséquences. Pour l’instant ? Une chose est sûre, le calendrier globalisé désormais proposé au rugby sud-africain - avec l’United Rugby Championship (ex-Ligue celte) et donc la Champions Cup - ne correspond pas aux cadences et aux exigences auxquelles doivent répondre les Springboks. Pas étonnant qu’une grande majorité d’entre eux évoluent dans le peu exigeant championnat japonais.

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Avant de prendre les commandes de l’UBB, Yannick Bru avait officié dans le staff des Sharks et avançait, au moment de l’arrivée des équipes sud-africaines, que «l’ambition de toutes les franchises, c’est vraiment de ramener des trophées, notamment en Champions Cup. L’ambition est totale». Il a depuis totalement changé d’avis. «Nous avons besoin qu’une équipe sud-africaine atteigne les demi-finales, voire la finale, cette saison, estime toutefois John Dobson, l’entraîneur des Stormers. C’est une compétition prestigieuse et nous voulons nous mesurer aux meilleures équipes du monde. Nous voulons être à la table des grands du rugby de clubs mondial. Nous tenons absolument à y rester.»

Le bilan est jusque-là sans appel : aucune franchise sud-africaine n’a atteint le dernier carré depuis 2022-2023. Seulement deux ont atteint les quarts, en 2023 et 2024. Zéro pointé en 2024-2025 avec aucune équipe en phase finale. Et lors de la dernière édition, seuls les Stormers étaient sortis des poules, avant de s’incliner sur le fil à Toulon (28-27) en huitièmes de finale. On est loin de la domination outrageuse des Springboks doubles champions du monde sur la scène internationale…