ENTRETIEN - Nathalie Péchalat prépare un défi historique autour du patinage, tandis que son nom circule pour prendre la tête du Cojop Alpes 2030. De ce nouveau projet à ses perspectives dans le sport, l’ancienne championne de danse sur glace s’est confiée au Figaro.
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Nathalie Péchalat n’a pas quitté le monde du sport après avoir raccroché les patins. Aux côtés de Fabian Bourzat, elle a remporté cinq titres de championne de France, deux titres européens et deux médailles de bronze mondiales, avant d’occuper plusieurs fonctions dans les institutions sportives. Présidente de la Fédération française des sports de glace, cheffe de mission aux Jeux de Pékin 2022 puis présidente du Club France lors des Jeux de Paris 2024, l’ancienne danseuse sur glace a progressivement changé de terrain.
Elle prépare aujourd’hui un nouveau projet, Lap On Ice, cette fois loin des patinoires traditionnelles, au cœur de la Laponie. Une initiative qui aborde la glace et le sport d’une manière différente et dont elle dévoile les contours dans cet entretien. Son nom ressort aussi parmi les profils susceptibles de succéder à Edgar Grospiron après sa démission de la présidence du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques (Cojop) des Alpes 2030. Nathalie Péchalat répond aux questions du Figaro.
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Lap On Ice est une première mondiale pour un événement de patinage sur glace naturelle. Concrètement, en quoi consiste ce projet ?
Nathalie Péchalat : Lap On Ice c’est un challenge de patinage sur glace naturelle qui va se dérouler du 10 au 14 février 2027 sur le lac Inari, en Laponie finlandaise, à 300 kilomètres au-dessus du cercle polaire. Pendant trois jours, les participants vont patiner sur cette immense étendue gelée, avec deux formats selon leur niveau et leurs envies : Explorateur, avec des étapes de 8 à 12 kilomètres, et Sportif, avec des distances qui pourront aller jusqu’à 24 kilomètres. On peut participer seul ou en duo. Et l’une des trois étapes se déroulera de nuit, à la frontale, ce qui va être assez magique. Ce n’est pas simplement une compétition, c’est une aventure. Il y a le défi sportif, évidemment, mais aussi l’immersion dans le Grand Nord, la solidarité et tous les moments de convivialité autour. Les participants vont vivre quelque chose qu’ils ne pourraient pas faire seuls.
Derrière Lap On Ice, il y a l’envie de sortir le patinage de son cadre habituel et de l’emmener au cœur des grands espaces de Laponie. Comment vous est venue cette idée ?
Au départ, c’est vraiment une envie personnelle. Mon rêve, c’était de faire une randonnée patinage sur le lac Baïkal (Russie). Pour différentes raisons, c’est impossible à l’heure actuelle… Et puis j’ai rencontré Thierry Jacob, qui organise depuis près de trente ans des événements sportifs dans des environnements extrêmes. En discutant, on s’est dit : «pourquoi garder ce rêve pour moi ? Pourquoi ne pas en faire une aventure collective ?».
Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans le fait de patiner sur une immense étendue de glace naturelle, dans un environnement aussi extrême ?
J’ai fait une première reconnaissance sur le lac Inari en janvier et j’ai adoré. La glace naturelle n’a rien à voir avec celle d’une patinoire, elle a des aspérités, des fissures... C’est comme comparer une piste d’athlétisme et du trail ! Et puis il y a le silence, la lumière, le froid, l’immensité… Cette sensation de liberté est incroyable.
Je n’ai plus rien à prouver sportivement. Là, je veux juste être capable de relever le défi que je propose aux participants et surtout le vivre avec eux.
Nathalie Péchalat
Vous êtes à l’origine de ce projet, mais vous allez également prendre part au défi. Qu’est-ce que cela représente pour vous de chausser à nouveau les patins dans la peau d’une participante, après votre carrière de sportive de haut niveau ?
Je ne serai pas inscrite officiellement dans la compétition, mais je me suis lancé le défi personnel de faire les trois étapes avec les participants. J’ai repris l’entraînement pour ça ! Ce qui est amusant, c’est que ça n’a finalement pas grand-chose à voir avec ce que je faisais lorsque j’étais sportive de haut niveau. À l’époque, je m’entraînais pour délivrer quatre minutes de performance, avec énormément de technique, de précision et de recherche de perfection. Là, il va falloir tenir plus longtemps, gérer le froid, l’effort, une glace irrégulière… Je suis novice… Et ça me plaît beaucoup ! Je n’ai plus rien à prouver sportivement. Là, je veux juste être capable de relever le défi que je propose aux participants et surtout le vivre avec eux.
La solidarité constitue l’un des piliers de Lap On Ice. Chaque participant doit-il forcément choisir une association à soutenir ?
Non, ce n’est pas obligatoire. On ne voulait justement pas que la solidarité devienne une contrainte. Chaque participant peut choisir une association qu’il a envie de représenter et mobiliser son réseau pour collecter des dons autour de son défi. Ça peut être une petite association locale comme une structure plus importante. L’idée, c’est surtout que chacun puisse donner du sens à son effort en défendant une cause qui lui tient à cœur. Et pour ceux qui n’ont pas d’association particulière, nous avons choisi Premiers de Cordée comme partenaire solidaire de Lap On Ice. Les dotations des vainqueurs qui ne représentent pas d’association lui seront reversées. C’est évidemment une association à laquelle je suis très attachée, que j’ai présidée, et qui permet à des enfants hospitalisés ou en situation de handicap de pratiquer gratuitement une activité sportive adaptée.
Derrière les paysages de Laponie et l’image spectaculaire du projet, il y a aussi toute une organisation pour rendre cette aventure possible. Qu’est-ce qui a été le plus difficile à mettre en place pour transformer l’idée de Lap On Ice en réalité ?
Honnêtement, presque tout ! (rires) Parce qu’une première édition, c’est partir d’une page blanche. Il a fallu trouver le bon lieu, tester la glace en conditions réelles, imaginer les distances, travailler sur la sécurité, les hébergements, les transports, le matériel… Et puis construire un modèle économique, trouver des partenaires, convaincre des participants de s’engager dans une aventure qui n’existe pas encore et dont nous n’avons aucune image du challenge ou de témoignages de participants. C’est probablement ça le plus difficile : quand on crée quelque chose de nouveau, il faut embarquer tout le monde dans une vision. Heureusement, je ne fais pas ça toute seule. Thierry Jacob apporte son expérience des raids et des milieux extrêmes et MCI toute son expertise de production événementielle. Petit à petit, le rêve un peu fou du départ devient quelque chose de très concret.
Nous nous sommes engagés sur plusieurs années parce que nous croyons vraiment au potentiel de cette pratique
Nathalie Péchalat
Cette première édition aura lieu en février prochain et symbolise donc le début de l’aventure. Imaginez-vous déjà Lap On Ice comme un événement amené à se renouveler régulièrement ?
Oui, clairement. L’idée n’a jamais été de faire un « one-shot ». Avec les équipes et nos partenaires, nous nous sommes engagés sur plusieurs années parce que nous croyons vraiment au potentiel de cette pratique. Mon envie est d’installer Lap On Ice comme un rendez-vous régulier et de développer le challenge de patinage sur glace naturelle. Il y a tellement d’endroits extraordinaires dans le monde où l’on peut patiner… Lap On Ice 2027 sera notre première page !
Au-delà de ce projet d’envergure, votre nom circule actuellement parmi les profils susceptibles de prendre la présidence du Cojop Alpes 2030. Depuis vos dernières déclarations, avez-vous été concrètement approchée pour ce poste ?
Mon nom circule, mais je n’ai pas reçu de proposition concrète. Et puis la décision ne m’appartient pas, elle appartient aux décideurs (gouvernement, région sud, région aura, CNOSF, CPSF) qui doivent se mettre d’accord sur le profil dont le projet a besoin pour cette nouvelle phase. Si je peux être utile, évidemment que le projet m’intéresse. Mais je ne suis pas dans une logique de conquête du poste. Le dossier est complexe, mais c’est aussi ce qui le rend extrêmement stimulant. Comme vous le savez, les Jeux ont rythmé une bonne partie de ma vie. Ma vocation est née devant ceux d’Albertville en 1992, en regardant les Duchesnay à la télévision. Je les ai ensuite notamment vécus comme athlète alors quelle que soit la place que j’aurai en 2030 (côté médias, avec des marques ou dans l’organisation), je vivrai ces Jeux à la maison et ce sera forcément très intense. Je me réjouis déjà d’en faire partie et de vibrer avec les Français.
Justement, si vous veniez à prendre cette responsabilité, qu’aimeriez-vous apporter ou faire différemment dans la gouvernance de ces Jeux ?
Je crois que ces Jeux ont aujourd’hui besoin d’être incarnés et surtout de devenir un grand projet collectif et populaire. À mon sens, il faut remettre le sport et les athlètes au cœur, en faisant en sorte que chacune des parties prenantes et chacun des territoires trouvent leur place et rayonnent. Les sports d’hiver peuvent parfois sembler lointains, chers, ou questionner sur le plan environnemental... Ces Jeux sont aussi une formidable occasion d’avoir un impact sur leur perception et leur évolution.
