Quatre ans après son titre mondial à Tachkent, la Française repart en conquête, déterminée à repousser la concurrence de sa compatriote Léa Fontaine alors que les JO 2028 se rapprochent.
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Comment vous sentez-vous au moment d’aborder ce Championnat du monde ?
Romane Dicko : Je me sens bien. J’ai hâte, j’ai envie. Le Grand Slam de Lausanne m’a vraiment rassuré parce que j’ai fait une bonne compétition. J’étais bien physiquement, bien dans mon judo.
Le fait d’avoir été battue en finale pour la première fois par Léa Fontaine ne vous inquiète pas…
Inquiète ? Non, parce que j’ai déjà perdu des combats dans ma carrière. C’est une Française, certes, mais ça reste surtout une adversaire. C’est une fille du circuit très forte, qui est numéro une mondiale. Ça ne m’a pas inquiétée dans le sens où je l’ai battue déjà plusieurs fois. Je sais ce qu’il faut faire. Néanmoins, je fais du judo, un sport où l’on peut tous tomber. Ça m’a aussi fait du bien de me dire : «OK, Romane, tu n’es pas imbattable et tu sais qu’il y a du travail».
Je sais ce que je fais tous les jours sur le tapis, je sais comment je m’entraîne, comment je travaille.
Romane Dicko
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Ce Championnat du monde arrive à mi-olympiade, l’année où commence la course olympique. Est-ce que vous vous dites qu’il faut absolument que vous obteniez une médaille ou un titre et pas elle (il n’y aura qu’une Française par catégorie de poids aux Jeux) ?
Je ne me dis pas : «Il faut que je fasse et pas elle». Je me dis : «Il faut que je fasse et elle fera sa route». Vraiment, je suis focus sur moi et je suis en confiance, juste ce qu’il faut. Je sais ce que je fais tous les jours sur le tapis, je sais comment je m’entraîne, comment je travaille. Et après, si ça fonctionne, tant mieux, et si ça ne fonctionne pas, c’est le judo, c’est le sport. Mais je ne regarde pas ce que font mes concurrentes. Et si dans deux ans, je fais les Jeux, ce sera extraordinaire. Et si ce n’est pas moi, alors cela voudra dire que ce n’était pas mon histoire.
Est-ce qu’inconsciemment, cela enlève un peu de pression de partager ce leadership ?
Non, non, non (rires) J’aurais forcément préféré gagner, que ce soit face à Léa ou une autre fille. Je n’aime pas perdre, d’autant plus en finale, donc ce ne sont pas des positions où je suis à l’aise... Néanmoins, cela me donne des axes de travail différents, même si je l’ai déjà battue plusieurs fois, donc je sais ce qu’il faut faire. Chaque compétition est différente. Je n’ai pas été bonne sur la séquence, c’est comme ça. Mais mes matchs d’avant étaient tellement bons, j’avais de telles sensations que je ne veux pas repenser qu’à la finale perdue qui, pour moi, ne résume pas ma compétition. Et surtout, je ne fais pas un mauvais combat, à mon sens. Donc non, ça n’enlève pas la pression, mais ça pique un peu.
Lors de vos précédents Championnats du monde, vous avez tout connu, du titre à une élimination précoce en passant par votre 3e place de l’année dernière. Qu’est-ce qui rend cette compétition spéciale ?
L’enjeu, déjà. Toutes les filles contre qui j’ai perdu aux Championnats du monde, je les avais déjà battues. Donc, je pense que c’est l’enjeu qui fait que c’est différent, et la pression qui va avec. Cela change forcément la façon de l’aborder car tu sais que c’est une compétition qui compte fortement pour le ranking olympique, mais aussi en interne au sein du collectif France. Tu sais qu’un titre mondial pèse lourd et repousse plus loin la concurrence, bien plus qu’un succès sur un Grand Slam. Il n’y en a qu’un par an, pas cinq ou six comme les Grands Slams.
Je ne suis plus une jeune judoka de 22 ans qui est fougueuse dans tous les sens. Non, maintenant, je suis une jeune femme, plus posée, plus mature.
Romane Dicko
Qu’est-ce qui est différent pour vous dans cette olympiade vers Los Angeles, comparativement à celle de Paris ?
Déjà, ce n’est pas à domicile. Donc il y a moins de cette pression omniprésente que j’ai connue pendant les deux ou trois précédents les Jeux à Paris. Cela a été tellement intense au quotidien d’entendre Paris 2024 par-ci, Paris par-là, Honnêtement, je pense que certains jours, on m’en parlait au moins neuf ou dix fois. Là, c’est un peu plus tranquille mentalement. Sinon, cela fait du bien de vivre une olympiade plus classique, parce que j’ai vécu celle en plein Covid avant Tokyo 2021, puis l’effervescence de Paris 2024. La plus grande différence est sans doute là. Mais après, l’objectif reste le même, la quantité de travail reste la même. Simplement, moi, je grandis. Ça fait tellement longtemps que je suis dans le judo que, parfois, j’oublie que je n’ai que bientôt 27 ans. Et là, je me dirige vers mes troisièmes Jeux. Mentalement, on peut avoir l’impression de tourner un peu en rond. C’est important de savoir se recréer un projet parce que, quand tu commences jeune et que tu rêves des Jeux de Paris, quand cela arrive, après, c’est compliqué de se projeter autre part. Je ne suis plus une jeune judoka de 22 ans qui est fougueuse dans tous les sens. Non, maintenant, je suis une jeune femme, plus posée, plus mature. La femme que je suis aussi est différente. Mais ça fait du bien d’un peu respirer, de pouvoir prendre du temps, de pouvoir perdre un peu aussi. Maintenant, j’insiste, l’objectif reste le même, à savoir l’or olympique dans deux ans.
Vous évoquez votre âge. Votre rôle est-il différent aujourd’hui au sein du collectif France ? Avez-vous plus de responsabilités auprès des jeunes qui arrivent ?
Je ne sais pas si mon rôle évolue, mais en tout cas, je vois que je suis là depuis longtemps (rires) Et quand je vois les nouvelles arriver, je me dis : «Purée, c’est vrai que nous sommes des anciennes.» Je dis «nous» parce que je pense aussi à Clarisse (Agbégnénou) ou à Audrey (Tcheuméo), on n’en parle même pas. Même avec Sara-Léonie (Cysique), on se dit qu’on a fait deux fois les Jeux. Je ne pense pas avoir un rôle différent, mais forcément, des jeunes arrivent et me posent des questions. Et ça me fait plaisir de voir que maintenant, je fais partie des personnes à qui on pose des questions, on demande des conseils. Je passe un peu dans l’autre versant de ma carrière. Ça fait du bien de donner des petits tips aux personnes qui arrivent pour leur permettre de faire aussi des belles médailles, j’espère.
Vous faites un sport à catégories de poids, où il y a des régimes. Mais vous faites partie d’une catégorie, les + de 78kg, où il n’y a pas de limites. Du coup, vous sentez-vous concernée quand même ?
Oui, car j’ai toujours mon poids de forme que je veux atteindre en compétition, qui se situe sous les 122kg. C’est le poids où je me sens bien, dans lequel je sais que je suis mobile, impactante, ni trop légère, ni trop lourde. Évidemment, je n’ai pas cette notion d’être à 100 grammes près comme les autres catégories, mais j’aime bien me dire : «OK, là, je suis à mon poids de compète, c’est la première étape, c’est parti». Simplement, je ne mets pas autant de pression, mais je fais mon petit régime aussi pour perdre les quelques kilos que j’estime être en trop. Cela me permet d’avoir un repère. À mes yeux, c’est important d’arriver prête physiquement.
