CRITIQUE - Au-delà des morales enfantines, Cécilia Suzzoni relit La Fontaine à travers la figure tragique du loup, victime de l’Homme. Une étude délicate qui restitue aux Fables leur profondeur politique et leur sauvage liberté.
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Dans une préface à l’édition « Folio » des Fables, Marc Fumaroli a naguère cartographié la cour du lion, « terreur des forêts », incarnation du pouvoir centralisé exigeant tour à tour la flatterie et le sacrifice de ses sujets. Auparavant, le philosophe Pierre Boutang avait esquissé un La Fontaine politique (1) dans une étude historique et critique publiée la même année qu’un pamphlet croquant Giscard en singe grimaçant le pouvoir au lieu de l’exercer, cultivant l’art de faire accomplir les tâches ingrates par d’autres -comme Raton tire les marrons du feu dans la fable.
Après le lion en majesté et le singe en simulacre, voici l’heure de s’intéresser au loup en sa condition tragique, que révèle notamment Le Loup, la Mère et l’Enfant. Car là où le roi règne par la force et le singe par l’illusion, l’antihéros de cette fable est la victime du mensonge humain. Croyant à la parole d’une mère qui menace son enfant de le donner au loup s’il ne se tait pas, le prédateur prend le langage…
