ENTRETIEN – A 31 ans, l’ailière internationale part à la conquête d’un fabuleux triplé avec Metz, et d’un sacre européen avec les Bleues. Sans oublier ses valeurs et ses engagements, notamment sur la question de la maternité.
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L’heure de la rentrée a sonné pour le handball féminin, avec la reprise du championnat programmé ce samedi. Pour Chloé Valentini, la rentrée passera par un premier déplacement à Paris (19h). À 31 ans, après avoir donné naissance à une petite Lou et être revenue aux affaires en début d’année pour aider Metz à conquérir la première Ligue des Champions de son histoire, et de celle du handball féminin en France, l’ailière internationale a toujours faim de titres. Et de causes à défendre. Rencontre lors de la conférence de presse de rentrée de la Ligue féminine à la Maison du Handball de Créteil.
Comment vous sentez-vous au moment d’attaquer cette nouvelle saison ?
Chloé Valentini : Je me sens bien. C’est vrai que ça fait déjà un petit moment qu’on a repris avec Metz. La préparation a été longue. Donc forcément, j’ai hâte d’être à samedi pour le premier match (à Paris) et de commencer cette nouvelle saison. On a changé quelques joueuses, ce qui induit un nouveau départ avec une nouvelle équipe. Je ne sais pas si nous sommes prêtes à 100%, mais en tout cas, on a tout fait pour.
Quel est votre sentiment sur l’instauration de play-offs pour finir la saison ?
C’est compliqué, en tout cas pour moi, parce que cela me paraît très loin et que j’ai toujours été comme ça dans ma carrière, à prendre les matchs les uns après les autres. Mais c’est vrai que cela peut instaurer un moment très cool que de fêter le titre sur un week-end plutôt que d’attendre toujours la fin du championnat.
Ce qui me déçoit vraiment, c’est l’impression que tu avances sur plein de sujets et sur ça, qui est super important, tu recules de quinze pas.
Chloé Valentini
Cette année, contrairement aux précédentes, vous allez défendre votre titre sur le plan européen et repartir à la conquête de celui de champion de France. Cela change-t-il votre approche ?
Non, parce que je veux toujours tout gagner. L’année dernière, on a perdu le titre en championnat mais on a eu la Coupe d’Europe. Maintenant, je veux le triplé (rires).
Que vous reste-t-il de ce sacre européen aujourd’hui ?
C’est dur parce que nous avions cet objectif depuis des années. Nous avons souvent été ultra-déçues, tristes, avec plein de sentiments qui se mélangeaient. Et là, tu le gagnes et tu as l’impression que ça passe comme ça (elle claque des doigts) parce que je suis partie en vacances directement après. Et après, tu reviens pour la préparation et tu te dis : «Non, mais attends, j’ai été championne d’Europe.» On remet toutes les choses dans le contexte. J’essaie aussi aujourd’hui de regarder en arrière pour voir ce que j’ai fait, ce qu’on a accompli.
Il n’y a pas de diffuseur TV pour la Ligue des champions alors que vous êtes championnes. Quelle est votre position là-dessus ?
Bien sûr que ça fait chier, c’est nul. C’est encore un pas en arrière dans le handball féminin. Mais est-ce vraiment mon combat à moi ? Je ne sais pas. J’espère que ça va changer. Chacun, à un moment donné, doit faire son travail. Mais ce qui me déçoit vraiment, c’est l’impression que tu avances sur plein de sujets et sur ça, qui est super important, tu recules de quinze pas.
Physiquement, vous avez donné l’impression d’être revenue presque facilement après votre pause maternité…
Si seulement (rires).
Justement, dans la réalité, à quel point cela a-t-il été compliqué ?
C’est marrant parce que ça me fait sourire, mais en vrai, même encore aujourd’hui, c’est dur parce qu’on a un bébé à la maison, donc des nuits plus courtes impossibles à prévoir, ce qui nécessite toute une organisation en termes de récupération. J’ai aussi beaucoup appris sur moi pendant cette période, à faire attention au moindre détail concernant l’alimentation par exemple, ou le travail avec les kinés. Ça n’a pas été évident et je sais que ça ne va pas l’être encore lors des prochains mois. Mais franchement, je kiffe ma vie aujourd’hui. Je suis une maman, une joueuse et une femme épanouie et je crois que c’est le plus important aujourd’hui.
Désormais, je suis davantage bienveillante, plus empathique aussi envers les autres comparé à avant ma grossesse.
Chloé Valentini
En sélection, il y aura aussi en décembre un Championnat d’Europe, soit le seul titre qui manque encore à votre palmarès…
Oui, c’est vrai, mais pareil, je prends étape par étape. Il y a un stage en septembre. Je ne sais pas si je vais y être. J’ai envie de revenir en équipe de France et de montrer à Seb’ (Gardillou, le sélectionneur) qu’il peut me faire confiance et qu’un an de pause maternité ne m’a rien enlevé. Au contraire même, je pense que cela m’a fait beaucoup évoluer aussi en dehors du handball. Je pense que j’étais quelqu’un de très dur dans la vie, mais aussi dans le handball. Désormais, je suis davantage bienveillante, plus empathique aussi envers les autres comparé à avant ma grossesse. Je fais passer le groupe avant moi. Donc à moi de lui prouver.
On parlait de la maternité où la situation a beaucoup évolué, favorablement. Quel sera le prochain combat pour améliorer le bien-être des joueuses ?
C’est bien ça comme question (rires). Je vais parler pour moi. C’est vrai qu’avant et pendant ma grossesse, je disais : «Je vais laisser ma petite fille trois jours ou une semaine pendant mes compétitions, c’est bien». Mais en fait, pas du tout, c’est hyper dur de la laisser. J’ai l’impression que je rate des moments avec elle, en famille. Aujourd’hui, elle ne comprend pas forcément non plus quand je pars. Elle ne le vit pas mal, mais le jour où elle va capter que maman part un mois, elle va peut-être m’en vouloir, entre guillemets, d’être partie. Aujourd’hui, j’ai envie qu’on me demande : «Qu’est-ce qui te permettrait, aujourd’hui, d’être à 100 % ?» Ça serait d’être avec ma fille sur des stages, sur des moments de compétition. Je sais que ce n’est pas évident. On fait un sport d’équipe et c’est toute une organisation autour. Je sais aussi que les besoins pour chaque maman ne sont pas les mêmes. On a aussi des papas qui travaillent. Mais aujourd’hui, j’ai envie qu’on me demande si j’ai envie de venir avec elle ou pas, et que ça soit ma décision. Par exemple, là, on est parti en stage en Hongrie une semaine et j’aurais aimé qu’on me demande. Et avec l’équipe de France, ce sont des discussions qui sont en cours.
Est-ce un sujet plus facile à aborder en équipe de France, étant donné que les grandes compétitions vous obligent à partir plus longtemps qu’en club ?
Oui, c’est sûr. Avec Laura (Flippes), on en a déjà parlé, et avec Seb aussi. Je pense qu’on attend tous le déclic pour lancer le truc, et à la fin du stage, on fait le point, en toute honnêteté, sur ce qui a été et ce qui n’a pas été. On est des adultes capables de se dire les choses et c’est aussi pour le bien de l’équipe. Si aujourd’hui, Seb a besoin de moi à 100 % et que j’ai besoin de ma fille, comment on fait pour que ça ne perturbe pas le groupe, qui reste le plus important ?
Qu’en est-il de la question des règles et de l’endométriose ? Est-ce plus facile d’en parler dans les clubs ou en sélection ?
C’est toujours difficile pour moi d’en parler parce que ça ne me concerne pas. En club, on a un questionnaire à remplir trois fois par semaine pour savoir si on a nos règles, parce que forcément, on est plus fatigué, ce qui dit risque de blessure. Après, qu’est-ce qu’on fait de ces données ? On est dans un sport collectif aussi. C’est toujours difficile d’avoir un juste milieu. En équipe de France, c’est pareil, ils sont quand même assez ouverts et ils savent. Mais je trouve que ça avance quand même plutôt bien. On voit même sur les réseaux qu’il y a des filles qui en parlent beaucoup plus librement aujourd’hui et je pense que c’est cool.
Pour finir, que serait une saison réussie sur le plan individuel et collectif à vos yeux ?
Sur le plan individuel, on s’en fiche. Donc, je vais parler du collectif. Forcément, reprendre le titre de champion de France, garder la Coupe de France et la Ligue des champions, ce serait magnifique de réussir le triplé.
