Le 19 juillet dernier, Micah Wilkinson et Tara Pacheco, pilotes de la Team Drogba pour E1, le championnat du monde de bateaux électriques, ont remporté l’étape de Monaco. Ils racontent leur succès au Figaro.

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Il aura fallu plusieurs saisons de podiums manqués et de week-ends frustrants pour que la «Team Drogba» goûte enfin à la victoire. C’est à Monaco, sur les eaux mythiques du Port Hercule, que l’écurie détenue par Didier Drogba a signé son tout premier succès en E1 Series, le premier championnat au monde de course de bateaux entièrement électriques. Portée par le Néo-Zélandais Micah Wilkinson et l’Espagnole Tara Pacheco, l’équipe est revenue pour nous sur cette journée historique, entre émotion, stratégie et vision d’avenir.

LE FIGARO. - Comment avez-vous fêté cette première victoire à Monaco ?

Micah Wilkinson : Nous formons une nouvelle équipe alors nous avons savouré une célébration de façon assez sobre mais avec une belle joie une fois la ligne franchie et le bateau revenu au ponton. Bien sûr que tout le monde a fini à l’eau ! (sourire) C’était un moment de communion très fort pour l’équipe, notre toute première victoire.

Tara Pacheco : Nous avons pris nos ingénieurs et notre équipe dans les bras, on était fous de joie.

Avez-vous le sentiment d’avoir créé la surprise à Monaco ?

M. W. : Non, je ne crois pas. L’équipe a multiplié les temps forts ces dernières années et nous avons construit un groupe capable de jouer le titre. Nous avions déjà montré du rythme lors des dernières manches, signé de belles courses, mais nous n’étions jamais parvenus à conclure un week-end. Cette fois, nous savions que nous avions le niveau.

Qu’est-ce qui a fait la différence pour franchir ce cap ?

M. W. : C’est avant tout une histoire de pièces qui s’assemblent. Cette équipe est promise à un bel avenir, notamment avec l’arrivée de Tara. C’est déjà sa troisième course avec nous et je savais depuis longtemps qu’elle deviendrait une arme redoutable. Il lui a fallu quelques manches pour prendre ses marques et elle montre aujourd’hui tout son talent. Ensemble, nous allons être très forts.

T. P. : Je viens tout juste d’arriver, comme Micah le disait. Mais je le connais depuis longtemps. Chacun apporte son expertise, et on sent clairement qu’on est en train de bâtir une équipe solide. Monaco en est la preuve. Et ce n’est que le début.

Monaco est-elle votre étape préférée du championnat ?

M. W. : Le championnat compte de nombreuses étapes magnifiques mais Monaco a quelque chose d’iconique. J’ai vu la Formule 1, la Formule E et tant d’autres grandes compétitions prendre place ici, avec de si grands pilotes... Alors gagner ici a une saveur particulière.

T. P. : Monaco est évidemment un rendez-vous majeur du calendrier, comme n’importe quelle étape. Mais je dois dire que décrocher cette victoire ici avait quelque chose d’assez épique.

Didier Drogba vous a-t-il envoyé un message après la victoire ?

M. W. : Didier est d’un soutien incroyable. Il est très fier de nous voir sur la plus haute marche. Nous avions déjà accumulé pas mal de podiums, des deuxièmes et des troisièmes places, alors il est absolument ravi que nous ayons enfin décroché la victoire.

Comment envisagez-vous la suite de la saison ?

M. W. : Nous sommes très enthousiastes. Nous surfons sur l’élan de cette course et nous sentons que cette dynamique est durable que ce n’était pas un coup d’un jour. Nous avons hâte d’aborder la prochaine étape, à Luanda, en Angola. Nous allons rester pleinement concentrés pour poursuivre cette dynamique, tirer les leçons de cette première réussite, et voir si nous pouvons recommencer.

T. P. : Nous avons désormais un mois pour analyser tout ce que nous avons fait et conserver tout ce qui a si bien fonctionné à Monaco. Nous avons hâte d’attaquer la prochaine étape en Angola.

Sur quoi avez-vous travaillé pour faire la différence ?

T. P. : Rien de particulier, si ce n’est un peu plus de temps sur le bateau. Nous n’avions malheureusement pas eu assez de temps à Dubrovnik. Pouvoir nous adapter davantage aux conditions, ça a vraiment été bénéfique. Et puis avoir Micah à mes côtés, avec ses retours et ses conseils toujours très justes, c’est un vrai plus.

Nous observons une croissance impressionnante. Nous nous rendons dans des lieux incroyables, il y a toujours plus d’engouement et les équipes sont de plus en plus compétitives

Micah Wilkinson, à propos d’E1

Comment avez-vous géré la chaleur à Monaco ?

M. W. : Il a fait chaud, surtout dans le cockpit. Mais nous avons la chance d’être bien entourés par l’équipe. On avait des gilets glacés pour se rafraîchir avant de monter à bord. Mais on est tellement concentrés sur ce qu’on fait qu’on l’oublie. C’est surtout pendant les temps morts qu’on la ressent vraiment. Et la meilleure façon de se rafraîchir après l’arrivée, c’est de sauter à l’eau pour fêter la victoire avec l’équipe. (sourire)

Pensez-vous que la compétition continue de grandir ?

M. W. : Nous observons une croissance impressionnante. Nous nous rendons dans des lieux incroyables, il y a toujours plus d’engouement et les équipes sont de plus en plus compétitives. Nous étions derniers au championnat et nous avons remporté une étape à Monaco. L’équipe Miami, qui était avant-dernière, a lui aussi gagné une course. Je crois que les gens sont vraiment séduits par le niveau de compétitivité de ces bateaux. C’est très excitant pour la suite.

M. W. : Je trouve que c’est une très belle compétition. Les femmes font face aux hommes et c’est rare dans une compétition mondiale. La manière dont le bateau fonctionne est assez différente de tout ce que j’ai pu faire avant. Je trouve intéressant de voir comment chacun s’y adapte et à quel point l’ensemble du championnat est compétitif.

À quoi ressemble le quotidien d’un pilote professionnel ?

T. P.: En dehors d’E1, je pratique la voile de haut niveau. Je suis actuellement basée à Los Angeles, où je m’entraîne sur le site olympique en vue des prochaines années. Je passe plus de cent cinquante jours par an sur l’eau, en foil, ce qui représente un vrai atout pour prendre place dans un bateau E1. Je suis probablement celle qui fait le plus de foil parmi tous les pilotes et je pense que c’est un avantage considérable. Je viens du même univers que Micah : nous nous connaissons depuis longtemps, même si nous n’avons jamais navigué ensemble.

Quelle relation entretenez-vous avec les autres pilotes ?

M. W. : Nous avons de belles rivalités et nos relations sont très amicales même si nous sommes en compétition. Ce sont des gens formidables. Nous avons de très bons échanges en dehors de l’eau, mais une fois sur le plan d’eau, c’est chacun pour soi. (sourire)

T. P. : C’est un peu la même chose pour moi. Nous avons la chance de piloter des bateaux extraordinaires et nous en profitons pleinement. Mais dès qu’on enfile le casque, c’est juste un autre bateau à battre.

Quel est le principal défi posé par votre bateau ?

M. W. : Le plus difficile, quand la mer est formée, est qu’il faut faire voler le bateau. C’était le cas à Monaco. On court comme dans n’importe quelle autre série, sur un circuit, entouré d’adversaire, mais il faut en plus faire voler ce «race bird» (oiseau de course, le nom donné au bateau, NDLR) au-dessus de l’eau, dans une fenêtre extrêmement étroite. Si on vole trop haut, on sort carrément de la vague, on devient un avion l’espace d’un instant avant de retomber brutalement. Si on vole trop bas, la coque touche l’eau et on crée trop de traînées. Il faut à la fois gérer son timing par rapport à la ligne de départ ou aux autres bateaux dans les virages, exécuter sa stratégie de boost, tout en pilotant le bateau grâce aux commandes de «Trim».

Avez-vous hâte de découvrir l’Angola, pour le compte de la prochaine étape ?

M. W. : Oui, c’est un nouveau site incroyable ! Nous avons hâte d’y aller et de découvrir à quoi ressemblera le parcours. C’est très excitant.