Victorieuse dimanche du Grand Slam de Lausanne, la judoka de 24 ans a, depuis, été victime de nombreuses attaques concernant son physique, qu’elle dénonce, soutenue en cela par la ministre des Sports et d’autres sportives.

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Léa Fontaine aujourd’hui, Romane Dicko ou Emilie Andéol par le passé. Les années passent, les championnes françaises se succèdent sur les tatamis et… la grossophobie reste. Comme un chewing-gum collé à la semelle de votre chaussure. Victorieuse dimanche du Grand Slam de Lausanne, Léa Fontaine s’est retrouvée dans la lumière pour sa réussite sportive, elle qui est devenue du même coup la numéro 1 mondiale de la catégorie des +78kg. Mais ce feu des projecteurs s’est également accompagné d’une part d’ombres sur les réseaux sociaux, sous la forme d’attaques, voire purement et simplement d’insultes, visant son physique.

«Je respecte la critique sportive, les analyses techniques et le débat contradictoire. Ils font partie du sport de haut niveau, a-t-elle déclaré dans un communiqué publié sur son compte Instagram. En revanche, les moqueries répétées, les attaques visant mon physique et les commentaires destinés à me rabaisser personnellement dépassent les limites d’un échange sportif normal. Une athlète ne devrait pas avoir à accepter d’être humiliée ou réduite à son apparence pour avoir gagné une compétition.» Depuis, l’athlète de 24 ans a reçu de nombreux soutiens, à commencer par celui de la ministre des Sports, Marina Ferrari, qui a publié ce message sur son compte X : «Scandalisée par les attaques dont Léa Fontaine fait l’objet après sa victoire au Grand Slam de Lausanne. Le corps des femmes est encore trop souvent commenté, jugé, moqué. Mais le corps de Léa, c’est celui d’une championne : un corps qui travaille, qui se dépasse et qui vient de faire briller la France. Léa, tout notre soutien et notre admiration.»

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Pas la première concernée

De telles attaques n’ont malheureusement rien d’une nouveauté dans le monde du judo. Championne olympique en 2016, Emilie Andéol y avait eu le droit, mais dans une moindre mesure à une époque où la virulence des réseaux sociaux était moins marquée. Puis ce fut le tour de Romane Dicko, notamment après la diffusion d’une vidéo d’elle aux côtés d’une danseuse classique sur ses réseaux sociaux début 2024, où le racisme était venu s’ajouter à la grossophobie. Quelques mois après, la championne du monde en 2022 avait accordé un entretien au Figaro où elle avait évoqué son rapport à son corps. «Je pense que nous sommes de bons colocataires, avait-elle confié avec le sourire. Pas tous les jours, comme dans n’importe quelle colocation, mais on vit bien ensemble, on s’entend bien, donc c’est cool.»

Mais elle avait aussi donné son sentiment quant aux attaques personnelles reçues et sa capacité à y faire face sur le plan de la santé mentale. «Quand j’étais plus jeune, je n’avais pas cette confiance en moi, cette capacité à encaisser. Il y a cinq ou six ans, je n’aurais certainement pas eu la même réaction vis-à-vis de ce type de messages. J’ai grandi, évolué, construit une meilleure colocation avec mon corps. Donc oui, aujourd’hui, j’ai les épaules pour ne pas me laisser affecter par cela, mais cela a été un travail quotidien que j’ai mis en place. En tant qu’ado , on connaît tous et toutes des problèmes de confiance en soi, d’acceptation de soi, de son corps. Et ce n’est pas facile de réussir à passer outre.»

Ces commentaires n’ont absolument rien à voir avec le sport, ni même avec la notion d’humanité d’ailleurs.

Romane Dicko

Battue en finale du Grand Slam de Lausanne par Léa Fontaine, Romane Dicko, elle aussi, a immédiatement manifesté son soutien à sa coéquipière, qu’elle côtoie à l’Insep. «Depuis dimanche et notre finale disputée à Lausanne avec Léa, j’ai pris connaissance, et signalé, un grand nombre de commentaires à son sujet qui n’avaient leur place nulle part. Ces commentaires n’ont absolument rien à voir avec le sport, ni même avec la notion d’humanité d’ailleurs. Critiquer les athlètes pour leur performance sera toujours accepté et acceptable, mais les attaques liées au sexe, au physique ou à la couleur de peau devront toujours être combattues, bannies et punies (…) Le judo est un parfait exemple d’inclusivité et rien ne devrait arrêter cette représentation de chacune et chacun, quels que soient les physiques.»

La principale intéressée, et victime, Léa Fontaine, se réserve le droit d’attaquer en justice les auteurs de ces commentaires nauséabonds, en affirmant que les publications concernées feraient l’objet «d’un examen précis. Avec mon conseil, je prendrai les mesures appropriées à l’égard des propos qui dépasseraient les limites de la critique sportive et du respect dû à toute personne».