Après des années à nager en eau trouble, Gérard Lopez a vendu les Girondins de Bordeaux au fonds d’investissement Park Bench. La fin d’une période occulte pour un club historique du football français.

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Les supporters des Girondins de Bordeaux attendaient la nouvelle en se rongeant les ongles, le téléphone à portée de main, l’empoignant à la moindre notification. Elle est arrivée ce mercredi matin : Gérard Lopez et les Girondins de Bordeaux, c’est fini. L’homme d’affaires hispano-luxembourgeois a vendu le club, qu’il détenait depuis juillet 2021, au fonds d’investissement britannique Park Bench pour un euro symbolique.

Le ouf de soulagement est sans pareil. La menace d’une liquidation judiciaire planait sur les Girondins. Les repreneurs doivent passer devant la Commission régionale de contrôle de gestion de la Ligue de Football Nouvelle-Aquitaine (LFNA) dans les jours qui viennent afin de faire valider un budget pour la saison 2026-27 de Régional 1 (sixième division). Le tribunal de commerce sera aussi une étape. Comment l’un des fleurons du football français a-t-il pu tomber aussi bas ?

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Sauveur des Girondins lors du rachat en 2021

Lopez a clôturé un échec qui n’est pas son premier. L’homme de 54 ans avait déjà détenu le LOSC entre janvier 2017 et décembre 2020. Il y avait laissé une dette supérieure à 120 millions d’euros et a été, en 2024, condamné à dix mois de prison avec sursis pour «complicité d’exercice illégal de la profession d’agent sportif». Avant cela, il avait déjà connu des difficultés à la tête de Lotus, écurie de Formule 1, entre 2009 et 2015.

En juillet 2021, son arrivée sur les bords de la Gironde était pourtant la bienvenue. La société américaine King Street avait abandonné le club et un dépôt de bilan se murmurait. Lopez est alors le sauveur. Grâce à lui, Bordeaux reste en Ligue 1. Une saison calamiteuse plus tard, le club est relégué. C’est douloureux, mais ce n’est rien comparé à la suite. Le club au scapulaire va passer les quatre années suivantes à faire parler de lui davantage pour ses problèmes financiers que pour ses performances sportives.

À chaque été, la même rengaine : le club est endetté, les caisses sont vides, la rétrogradation administrative se profile, le dépôt de bilan n’est pas à exclure, et Lopez réinjecte de l’argent, au dernier moment. «On ne comprend plus, tout le monde est lassé. On trimballe ce club comme une vieille paire de chaussettes», fustigeait Alain Giresse, recordman de matches (591) et de buts (181), dans Sud-Ouest au début du mois, accusant l’homme d’affaires d’avoir «amené (le club) à sa destruction».

Perte du statut professionnel

Car depuis l’au revoir à la L1 en 2022, les Girondins ont été rétrogradés en National 2 (quatrième échelon) en 2024, perdant ainsi leur statut professionnel, puis en Régional 1 cet été. «94 millions de dettes, 400 entreprises pas payées, 86 employés licenciés... L’as des as de la finance a parlé», taclait Bixente Lizarazu, autre ancienne gloire bordelaise. Le long de ce chemin de croix, des recrues décevantes, des entraîneurs dépassés et un changement de logo ont hérissé les poils des supporters. L’héritage de Lopez trouve sa symbolique dans cette élimination de la Coupe de France dimanche dernier par Angoulême (quatrième division) sur un score lourd (1-5) et en portant un maillot rouge et blanc prêté par la Fédération française de football, faute d’équipement officiel.

Sa déliquescence, peut-être enfin freinée, a semblé interminable, aussi parce que les rumeurs d’une vente ont pullulé en fil rouge. La société Fenway Sports Group, détentrice de Liverpool, et un duo composé de l’ancien gardien allemand Oliver Kahn et de l’ex-président marseillais Jacques-Henri Eyraud, n’avaient pas conclu l’affaire. Lopez s’est accroché, a blâmé les anciennes gloires qui le critiquaient au lieu d’investir à leur tour, rejeté la faute sur les instances qui voudraient la peau des Girondins.

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La finalité de l’histoire, c’est que Bordeaux est tombé de cinq divisions en cinq ans sous sa coupe. C’est toujours moins grave que le destin du Boavista FC, club portugais racheté par l’Hispano-luxembourgeois en 2020. Il a fait faillite cet été. Sa cessation d’activités a été prononcée en juillet dernier. Champion du Portugal en 2001, Boavista n’existe plus. Les Girondins, eux, subsistent. Sans Lopez désormais.