À l’issue du comité exécutif de la Fédération française de football ce jeudi, son président a officialisé, et expliqué, les raisons du retrait du soutien à la candidature de l’actuel président de la Fifa.

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Les raisons d’un retrait

«J’avais souhaité réunir les membres du comité exécutif de la Fédération ce matin (jeudi matin) pour partager avec eux l’analyse de la situation et pour se positionner dans le débat qui s’est ouvert. À partir du mois de juillet, les raisons qui nous avaient amenés à soutenir la candidature de Gianni Infantino et les conditions dans lesquelles nous l’avions matérialisée ont été bouleversées. Au cours de la Coupe du monde, un certain nombre d’événements touchant au cœur de notre activité, c’est-à-dire le sport, ont contrevenu de manière flagrante à la façon dont nous envisageons la manière dont notre sport doit être régi. Avec mes collègues du comité exécutif, nous considérons que, d’une certaine manière, la confiance placée dans le président de la FIFA a été rompue, que la façon dont nous envisageons la conduite du football mondial ne nous correspond plus. Et c’est la raison pour laquelle, à l’unanimité de ses membres, la Fédération française de football a décidé de retirer son soutien à la candidature de Gianni Infantino à la présidence de la FIFA. J’avais dit que la Fédération française, le moment venu, prendrait des positions claires. Notre position est claire. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large au sein de l’UEFA, au sein d’autres confédérations, et y compris dans des confédérations qui ont pu exprimer leur soutien au président actuel de la FIFA.»

Un soutien au début

«Au moment de l’annonce de la candidature de Gianni Infantino à la présidence de la FIFA lors du dernier congrès à Vancouver, je crois qu’une très large majorité des fédérations nationales ont accueilli de manière positive son acte de candidature. Entre cette annonce et jusqu’à la Coupe du monde, et pendant son déroulement, l’entourage de Gianni Infantino a sollicité les fédérations nationales pour qu’elles matérialisent leur soutien à sa candidature. Un peu plus de 200 fédérations nationales, avant la Coupe du monde ou pendant la Coupe du monde, l’ont fait. C’est ce que j’ai fait moi-même au nom de la FFF à la fin juin.»

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Le tournant du projet de société commerciale

«Juste après la Coupe du monde, de manière totalement impromptue, est apparu ce projet de création d’une société commerciale dans laquelle des investisseurs extérieurs prenaient une part des droits de la Coupe du monde. C’est un projet extrêmement structurant, majeur, puisqu’on parle d’une valorisation de la Coupe du monde à 20 milliards d’euros, dont 4 milliards d’apports. Et c’est une annonce qui, sur la forme, s’est faite sans consultation, sans aucune information. Dès ce moment-là, j’ai pris la parole pour dire que ce projet me semblait soulever beaucoup d’interrogations et même des inquiétudes. Cette position, prise dès la fin du mois de juillet à l’annonce de ce projet, a été partagée par la quasi-totalité de mes collègues européens et au-delà même de l’Europe, dans d’autres parties du monde. Comment peut-on vouloir faire venir ou vendre les droits de la Coupe du monde dans le cadre d’une société alors même que la Coupe du monde a généré un chiffre d’affaires record de près de 16 milliards ? Comment on peut vouloir mener un tel projet alors même que la FIFA possède près de 5 à 6 milliards de réserves ? Et donc la question de savoir s’il y a une nécessité de lever des fonds supplémentaires interroge, de la même manière qu’interroge la valorisation de la société commerciale à 20 milliards, qui pour tous les spécialistes, apparaît comme une sous-évaluation de ce que pourrait représenter une société commerciale dans laquelle vous logeriez la Coupe du monde.»

La menace du boycott

«Au niveau européen, après m’être entretenu avec le président de l’UEFA, il a été convenu d’une réunion des 55 fédérations regroupées au sein de l’UEFA, au cours de laquelle j’ai pu dès le début indiquer quelle était la position de la France et son soutien à l’idée d’un boycott des compétitions de la FIFA, y compris donc la Coupe du monde. Cette position a recueilli l’unanimité des membres. Accompagnée par un certain nombre de confédérations, je pense à la CONCACAF ou à l’AFC, qui elles-mêmes ont soutenu ces positions. Cette pression exercée a conduit, et je m’en réjouis, au retrait de ce projet. Les fédérations, les confédérations ont fait savoir que ce projet ne correspondait, ni dans la forme par laquelle il a été présenté, ni sur le fond, à une nécessité pour le football.»

L’arrêt de ce projet règle-t-il la question ?

«Je ne le crois pas parce que ces initiatives, pendant et après la Coupe du monde, ont nui gravement à l’image du football et à son unité. Comme il ne suffit pas de critiquer pour faire avancer les choses, il faut aussi proposer. Et ce qui a été au cœur du débat et de la crise ouverte depuis la fin juillet, c’est celle de la transparence et de la bonne gouvernance. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé, en complément du retrait de notre soutien à la candidature de Gianni Infantino, d’ouvrir une série de consultations de personnalités françaises comme internationales qui font référence en matière de bonne gouvernance dans des organisations non gouvernementales pour apporter une contribution de la France au débat qui va s’ouvrir. Puisque désormais, au niveau de l’UEFA, un certain nombre d’échanges, et pas plus tard que dans quelques jours lors du prochain comité exécutif de l’UEFA auquel je participerai, devront définir un socle de propositions pour définir ce que nous voulons. Et le moment venu, il faudra choisir le candidat qui portera nos couleurs, si je puis dire, dans le cadre de cette future élection. C’est ça les orientations qui vont nous guider dans les jours et dans les semaines qui viennent, la date limite des dépôts des candidatures se situant 18 novembre 2026. Donc il faudra être prêt à ce moment-là pour mettre en place une candidature qui pourrait emporter la présidence de la FIFA.»

Quel profil de candidat ?

«Notre mission, maintenant, est de faire émerger un programme et un candidat. Pour, in fine, le faire gagner. Je pense que la prise de position qu’on a ce matin n’est pas simplement en termes électoraux. Elle est aussi par rapport à un système qui se déploie depuis des années et qui n’est globalement pas satisfaisant, qui doit être amélioré. Et ce qui s’est passé cet été a mis en lumière des choses qu’une majorité de fédérations dans le monde ne veut plus voir. Néanmoins, on n’a pas de candidat en tête actuellement parce qu’il faut en débattre au niveau international, puisqu’il faut un profil à la fois légitime et fédérateur de l’ensemble des parties du monde. Notre sujet, aujourd’hui, consiste à bâtir une proposition pour l’avenir du football mondial. Et à la fin, de dire qui sera en capacité d’incarner ce projet pour le porter devant les 211 fédérations qui voteront en mars 2027.»

Les plaintes de l’UEFA

«Parallèlement à l’ensemble de ce processus a été initié un certain nombre de plaintes via l’UEFA en Floride, à New York, à Zurich, pour examiner si tous les éléments qui ont porté ce sujet de société commerciale correspondent ou étaient respectueux de la légalité qui doit entourer ce type d’opération. La FIFA a pour fonction de développer le football partout dans le monde, un football d’élite pour faire de la Coupe du monde la plus grande épreuve sportive sur la planète, et à la fois d’avoir une solidarité avec toutes les parties du monde pour faire que le football puisse se développer partout.»