ENTRETIEN - Le Français, 10e mondial, aborde les Mondiaux organisés à New Delhi avec ambition, un an après une édition à Paris frustrante.
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Comment vous sentez-vous au moment d’aborder ces Championnats du monde ? Totalement prêt ?
Alex Lanier : Oui, tout va bien, je suis plutôt en forme. Avec le staff, j’ai le sentiment qu’on a bien fait les choses. On a fait un gros bloc de préparation avant le Japon et là, sur les derniers jours, on s’est concentré davantage sur le jeu, tout en essayant de conserver de la fraîcheur. Franchement, jusqu’ici, tout va bien.
Pour quelles raisons aviez-vous décidé de ne pas participer à l’Open de Chine fin juillet ?
C’était un peu un tout qui m’a poussé à ce choix. Déjà, c’est un tournoi un peu particulier en raison des grosses conditions venteuses dans la salle. En plus, c’est un tournoi qui est loin, avec un important décalage horaire, ce qui nous aurait faits une semaine de travail en moins, voire plus le temps de se réadapter. Je sentais que j’avais besoin de récupération et de pouvoir faire un bon bloc de préparation sans être cramé mentalement. En fait, clairement, cela aurait été le tournoi de trop. Déjà le Japon, une semaine avant, était déjà limite le tournoi de trop. Donc je pense que c’était un bon choix pour moi.
En début d’année, vous aviez dit que votre motivation était fluctuante. Est-ce la Thomas Cup fin avril-début mai, avec vos quatre victoires en cinq matches, qui vous a remis clairement dedans mentalement ?
Oui, certainement. Cela et aussi le fait d’avoir pris une semaine de vacances juste avant qui m’a fait du bien. Comme je suis encore jeune (21 ans), j’ai tendance en général à pousser fort à l’entraînement. Donc, sur du court terme, il y a plein de tournois que je vais jouer en étant fatigué par rapport à d’autres joueurs qui sont plus âgés. Maintenant, c’est ce qu’on essaie de régler avec le staff pour que je n’arrive pas trop fatigué non plus. C’est un équilibre à trouver entre pousser fort à l’entraînement sans arriver complètement mort mentalement avec zéro envie sur les tournois. Par exemple, avant le All England (défaite au 1er tour), je pense qu’on a peut-être trop poussé. Maintenant, je sais que c’est aussi sur le long terme qu’on voit les bienfaits des efforts fournis à l’entraînement. Donc ce n’est pas simple de trouver ce bon équilibre.
Quel sentiment vous reste-t-il au sujet des Championnats du monde de l’an passé à Paris, où vous aviez perdu en 8es de finale ?
Dans un premier temps, je pense qu’il y avait quand même beaucoup de frustration, de remise en question aussi, afin de savoir pourquoi je n’avais pas réussi à performer et à trouver les bonnes solutions. Maintenant, je pense qu’on a essayé d’apprendre de cet échec et de rebondir le plus vite possible. Les Championnats du monde, c’est l’objectif majeur d’une saison, mais ce n’est aussi qu’un tournoi dans l’année. Il ne fallait pas rester sur une défaite et vraiment focus là-dessus. Il fallait également essayer d’apprendre le plus possible, d’avancer, de prendre ce qu’il y avait à prendre de cette compétition sans se flageller ou rester tout en bas de la pente. J’estime y être plutôt bien parvenu.
Avez-vous mis en place à l’entraînement d’autres choses, pour voir plus loin sur les années à venir ?
Pas forcément, non. C’est une stratégie globale de s’entraîner plus et de faire du coup un peu moins de tournois. C’est important aussi de ne pas se blesser. Je préfère m’entraîner plus et jouer les dix mois de l’année plutôt que d’avoir un break de deux mois en raison d’une blessure chaque année. En termes de courbe de progression, c’est vraiment important de ne pas se blesser. Je pense que tout est une question d’ajustements avec le préparateur physique, le préparateur mental, pour dégager les bons axes de travail. Il y a de la frustration à ne penser qu’à long terme, parce qu’il faut gérer les échecs à court terme, dont certains font mal. Mais si tout le monde croit en la stratégie qu’on a choisi, la frustration part vite et on avance.
Comme vous êtes installé dans le Top 10-12 mondial depuis plus d’un an, on oublie parfois votre jeune âge. Pensez-vous parfois souffrir d’un certain manque d’expérience, de bouteille comme on dit ?
Honnêtement, pas du tout, non. Je pense même qu’en général, j’assimile plus vite que les autres. C’est l’avantage d’être plus jeune. Maintenant, le fait d’être plus jeune fait que je ne suis pas forcément dans les mêmes dispositions, pas dans le même moment de ma carrière. Comme je l’ai dit, je suis à un âge où je peux pousser plus fort à l’entraînement, ce qui fait que je n’arrive pas toujours à 100% sur un tournoi et je le paie. Mais je n’assimile pas cela au fait d’avoir moins d’expérience. Tout comme je n’ai pas les mêmes objectifs qu’un joueur qui évolue dans le Top 5 et qui vise la première place mondiale, ou qu’un numéro 1 mondial qui souhaite y rester, ce qui est le plus difficile. C’est une autre stratégie. Quand on regarde historiquement, il y a quasiment zéro joueur qui a fait énormément de tournois sans trop s’entraîner et qui est arrivé numéro 1. Si vous regardez le Chinois Shi Yu Qi (l’actuel numéro 1), il n’a pas fait beaucoup de tournois pour y arriver. Idem pour Axelsen avant, il ne faisait pas tous les tournois car il était sûr de les gagner ou a minima d’aller dans le dernier carré, donc il en faisait moins. On essaie de suivre cet exemple et on espère que ça va marcher, mais on n’est jamais sûr, c’est ça le problème (rires).
Maintenant, quand je vais loin dans les tableaux, en quarts ou en demies par exemple, cela devient un peu plus normal, ou moins exceptionnel.
Alex Lanier
Comment jugez-vous l’évolution de votre jeu ces deux dernières années ?
Il y a énormément de choses que je ne fais pas de la même manière. Je pense que, techniquement, j’ai progressé. Physiquement aussi. Maintenant, je pense que mon niveau de base est nettement meilleur. Il y a deux ans, mon niveau de base était plus vers 30e mondial, excepté certains jours où je valais Top 10 . De même, il s’agissait d’une époque où je m’arrachais sur tous les volants et la semaine d’après, je ne pouvais plus rejouer parce que j’avais mal partout. Donc cela m’était impossible de réitérer les performances. Alors qu’aujourd’hui, je peux évoluer à mon meilleur niveau toutes les semaines, ou du moins au moins une semaine sur deux (sourire). C’est ça la grosse différence.
Avez-vous aussi le sentiment de jouer plus libéré désormais ?
Oui, il y a de ça aussi. J’ai davantage de confiance. Maintenant, quand je vais loin dans les tableaux, en quarts ou en demies par exemple, cela devient un peu plus normal, ou moins exceptionnel. Donc forcément, en termes de satisfaction mais aussi de pression, ce n’est pas la même chose. Disons que c’est incomparable. Et en termes de niveau brut, je pense que je suis aussi nettement meilleur aujourd’hui.
