Le nageur français, multimédaillé sur le plan international, rêve de décrocher dans la Seine le titre européen qui manque à son palmarès. Première opportunité ce mardi avec le 10km.

Passer la publicité Passer la publicitéÀ 30 ans, un an après être devenu père d’une petite fille, Marc-Antoine Olivier continue d’arpenter mers et rivières. Avec la sagesse de son expérience, et le recul de son palmarès. Champion du monde du 5km en eau libre à Budapest en 2017, un an après avoir décroché une médaille de bronze aux Jeux olympiques de Rio, le Nordiste – il est né à Denain – aurait pu tourner la page du sport de haut niveau à l’issue des derniers Jeux olympiques de Paris il y a deux ans.

Sauf que dans la Seine, Marc-Antoine Olivier a dû se contenter de la 7e place du 10km, loin de ses ambitions de vainqueur du classement général de la Coupe du monde la même année. Impossible, pour lui, de partir sur un échec, d’autant que la passion demeurait vivace. Ce mardi, à l’occasion du 10km, il repart donc à l’assaut du fleuve traversant Paris pour les Championnats d’Europe organisés dans la capitale. Une première opportunité pour lui – avant le 5km mercredi et le 3km KO vendredi – de décrocher le titre européen qui lui manque encore. Une ambition légitime pour celui qui occupe toujours la 3e place du classement général de la Coupe du monde, signe de sa longévité au top niveau mondial.

Passer la publicitéAbordez-vous ces Championnats d’Europe sur un mode revanchard par rapport à votre 7e place aux Jeux ?

Marc-Antoine Olivier : Oui, c’est sûr. Il y a un côté revanchard vis-à-vis des Jeux olympiques parce que ce n’était pas la performance que j’attendais. Après, je ne suis pas resté bloqué dessus pour autant. Il y a eu pas mal de changements dans ma vie depuis (il est devenu papa). Mais le fait que ce soit à nouveau à Paris, dans la Seine comme il y a deux ans, rend forcément le moment particulier. Toute ma famille et mes amis vont être là, donc j’ai hâte de commencer. Et puis je me sens bien, en forme. Je sors d’une belle préparation, ce qui n’avait pas été trop le cas auparavant. Je suis impatient de voir ce que ça va donner.

Ce ne seront pas les mêmes conditions qu’à Paris 2024 niveau courant…

Oui, ce seront des conditions totalement différentes. On le sait que l’eau libre, c’est en milieu naturel, donc il faut s’adapter. Je pense qu’il va y avoir un peu moins de courant, mais il va falloir faire attention. J’attends encore de découvrir le parcours ce lundi (l’entretien a été réalisé jeudi dernier) pour voir ce que ça donne. C’est un nouveau lieu aussi. Je vais essayer de prendre le maximum d’informations afin de trouver la meilleure solution pour enfin décrocher cette médaille d’or tant attendue.

Cela se travaille-t-il à l’entraînement la gestion du courant ?

Oui, ça peut se travailler. Après, je vous avouerais qu’il me manque beaucoup d’entraînement, de kilométrage, donc je n’ai pas vraiment mis l’accent dessus, d’autant plus que les informations que j’ai eues me laissaient penser qu’il n’y en aurait pas tant que ça. Du coup, je me suis plus concentré sur le fait de remettre du volume, de l’intensité, parce que je n’ai pas eu le temps de le faire toute l’année. Mais là, comme je l’ai dit, j’ai pu effectuer deux gros mois de préparation, ce qui devrait me permettre de mettre en place des stratégies que je ne pouvais pas avant.

Au niveau européen, il y a une grosse concurrence avec quasiment tous les meilleurs mondiaux présents…

Oui, à mes yeux, les Championnats d’Europe sont plus durs que les championnats du monde parce que ce sont les nations européennes qui dominent au niveau mondial. Or, sur ces Europe, les meilleures nations ont le droit à trois places. Ce qui signifie qu’il y aura trois Hongrois, trois Allemands, trois Italiens… Cela densifie fortement le plateau. Mais j’y suis préparé et ce sera à moi de trouver la meilleure des solutions pour pouvoir performer.

Je ne m’attendais pas à autant performer parce qu’on sait que la vie avec un nouveau-né, ça peut être assez compliqué.

Marc-Antoine Olivier

À quel point votre récente paternité a-t-elle perturbé ou bouleversé votre carrière de sportif de haut niveau ?

Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui savent que les premiers mois s’avèrent assez difficiles pour le sommeil, et on connaît l’importance de celui-ci dans la récupération pour un athlète. Cependant, j’ai la chance d’avoir une compagne exceptionnelle qui était dans le même milieu que moi avant et qui a su prendre beaucoup le relais sur ces points-là, en particulier avant les compétitions. Si elle n’avait pas été là, je ne serais pas ici, au championnat d’Europe. Ensuite, avec mes partenaires, la fédération, mon club, mon coach, on a mis tout un système en place basé essentiellement sur l’adaptation. Ce qui a bien marché puisque, mine de rien, j’ai réussi quand même à finir troisième du classement général de la Coupe du monde cette année. Je ne m’attendais pas à autant performer parce qu’on sait que la vie avec un nouveau-né, ça peut être assez compliqué. Aujourd’hui, elle a grandi, et elle a de plus en plus d’autonomie, ce qui me permet de me libérer un peu de temps. Les deux derniers mois, franchement, ont été tops et j’ai pu bosser correctement, comme j’avais pu faire l’année dernière.

Mentalement, cela vous permet-il de prendre un peu de recul, d’avoir un peu moins de pression…

Oui, même si la pression, ça va faire un petit moment que j’ai appris à la gérer... Cela va faire depuis 2012 que je suis en équipe de France et 2015 que je suis chez les seniors. J’ai fait beaucoup pour ma discipline et franchement, chaque année, c’est du bonus. Évidemment, j’ai envie que ça fonctionne parce que je m’en donne les moyens, mais ce n’est vraiment que du bonus. Sur ce Championnat d’Europe, j’espère pouvoir bien performer et ramener à ma fille encore des petites médailles autour du cou. Ce serait top.

Qu’est-ce que ça change la canicule pour vous ?

La chaleur ici ? Pas grand-chose. Franchement, quand on a vu les conditions de Singapour l’année dernière, je ne vais pas dire que c’est l’hiver ici, mais là-bas il faisait vraiment très chaud, et l’eau l’était également. Je ne pense pas qu’on va avoir une eau aussi chaude dans la Seine. Après, on sait qu’il faut rester vigilant sur l’hydratation et la récupération.

Qu’est-ce que vous a apporté le passage chez Frédéric Vergnoux ?

Déjà, un changement de méthode, que j’avais besoin de découvrir et qui me correspond bien. Après, les conditions à Antibes étaient extraordinaires. On a deux bassins de cinquante mètres, on est en bord de mer. Donc ce qui est bien, c’est qu’on peut alterner les entraînements en bassin et en eau libre.