En dépit de l’incertitude entourant l’état de forme de ses deux têtes d’affiche - Léon Marchand et Maxime Grousset -, le collectif bleu entend briller dans la piscine olympique de Saint-Denis.
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De Paris La Défense Arena, rebaptisée il y a peu la Plenitude Arena, au Centre aquatique olympique de Saint-Denis, il aura fallu deux ans pour parcourir la petite dizaine de kilomètres séparant les deux enceintes. La première a eu droit au récital olympique d’un Léon Marchand collectionneur d’or avec quatre titres. Le second - hôte des championnats d’Europe jusqu’au 16 août - vibrera-t-il à de nouveaux exploits de son champion, plongé dans l’incertitude depuis une blessure à l’adducteur survenue fin juin lors des championnats de France et qui a décidé de réduire son programme à deux courses : le 200 m papillon et le 400 m nage libre ? Un (gros) souci qui n’aura pas été le seul ces dernières semaines pour une équipe de France rajeunie et malgré tout ambitieuse à deux ans des Jeux de Los Angeles.
Le pépin de Marchand fait en effet suite à celui de Maxime Grousset, victime d’une fracture du deuxième métatarse du pied gauche lors d’un entraînement le 10 juin. Soit ni plus ni moins que les deux doubles champions du monde de Singapour il y a un an, Marchand sur le 200 m et le 400 m 4 nages et Grousset sur le 50 m et 100 m papillon. Deux membres également du relais 4 × 100 m 4 nages, vice-champion du monde.
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« Nous n’avons pas connu une préparation idéale avec les blessures de nos deux leaders », reconnaît Denis Auguin, le directeur technique national (DTN). « Ce n’est pas souvent en natation, mais ça peut arriver. Donc il a fallu qu’on gère ces péripéties du mieux possible en maintenant un certain niveau d’entraînement, tout en faisant attention aux risques de surblessure. Je crois que nous y sommes bien parvenus, même si seuls la compétition et les résultats pourront nous le confirmer. »
En espérant que les troupes françaises se montreront plus en verve que lors des championnats de France disputés il y a un mois et demi dans l’étuve stéphanoise, dont le DTN n’avait pas vraiment tiré de bilan positif : « Cela n’a pas été une semaine simple. Il n’y a pas de culture de l’excuse, donc qu’on ne me parle pas de chaleur ou de quoi que ce soit. On n’a pas eu d’alarme particulière tout au long de la saison et je n’ai pas d’explication. J’espérais que les temps de qualification un poil plus aisés permettent d’avoir une équipe plus étoffée et aspirent certains jeunes. Mais cette génération-là n’a pas franchi le cap. Ça bouge, mais tout le monde n’a pas bougé en même temps, ce qui a donné des résultats sans doute un peu en deçà de ce qu’on espérait. Espérons que ces championnats serviront de piqûre de rappel à certains… »
Un effectif considérablement renouvelé depuis les JO de Paris
Avec ses deux têtes de gondole présentes mais au programme aussi incertain que leur niveau de performance et de forme, le collectif français s’avance avec un effectif considérablement renouvelé depuis les Jeux de Paris, qui ne remontent pourtant qu’à deux ans. Un laps de temps suffisant pour un changement de génération, ou presque. Des 27 sélectionnés pour ces championnats d’Europe, seulement 9 étaient présents lors de la grand-messe olympique.
Symbole de cette jeunesse aux dents longues, Sauveur Cristofini, 16 ans et déjà de fortes attentes sur ses épaules d’adolescent « très mature et bien éduqué », selon son entraîneur, Franck Esposito. Mais, pour le Marseillais, cette compétition continentale fera d’abord office d’apprentissage du très haut niveau sur le 200 m et le 400 m nage libre, avant d’envisager qu’il monte sur un podium international.
Pour le guider, Cristofini pourra s’appuyer sur son capitaine de route, Yohann Ndoye Brouard. Double médaillé de bronze à Singapour sur le 100 m et le 200 m dos, champion d’Europe sur cette dernière distance à Rome en 2022, le nageur de 25 ans n’a, lui non plus, pas vogué sur un long fleuve tranquille depuis le début de l’année, entre des problèmes au dos et une petite commotion cérébrale qui ont perturbé son début de préparation. Néanmoins, il fait figure de candidat à l’or à Saint-Denis sur chacune des trois distances inscrites à son programme en dos (50, 100 et 200 m).
Ces championnats d’Europe doivent nous permettre de faire une revue d’effectif en vue des Jeux olympiques 2028
Denis Auguin, le directeur technique national (DTN)
Du dos, il en sera également question pour Mary-Ambre Moluh, qui, à bientôt 21 ans (elle les aura le 9 septembre), paraît avoir franchi un cap pour sa deuxième année passée aux États-Unis. Même si le statut de favorite ne lui plaît guère, la Val-de-Marnaise ne pourra y échapper. D’autant que les candidates au podium - Béryl Gastaldello, Marie Wattel et possiblement Analia Pigrée - seront rares à ses côtés.
Pour Denis Auguin, au-delà des objectifs de podium (13, pour rappel, à Rome en 2022, l’équipe de France ayant fait l’impasse sur la compétition en 2024 à Belgrade pour cause de proximité trop grande avec les Jeux), l’important sera « de nous situer par rapport aux autres nations européennes, derrière les trois ogres de la natation que sont l’Australie, les États-Unis et la Chine. Nous avons l’ambition d’être la meilleure nation européenne, même si la situation de nos deux leaders a amené de l’incertitude sur nos perspectives. »
« Par ailleurs, ces championnats d’Europe doivent nous permettre de faire une revue d’effectif en vue des Jeux olympiques 2028, poursuit le DTN tricolore. Il y a de la relève, de la jeunesse et je pense que c’est le bon moment pour ces athlètes de se révéler sur des championnats d’Europe ayant un niveau d’accession aux demi-finales et finales un peu moins élevé que sur des championnats du monde. C’est à eux de montrer qu’ils sont sur une dynamique de progression importante. » Et, si Marchand et Grousset pouvaient y ajouter leur petite touche dorée, le public français n’en sera que plus heureux.
