ENTRETIEN – La dossiste française entend mieux profiter de cette nouvelle grande compétition internationale aux portes de Paris qu’elle ne l’avait fait lors des Jeux il y a deux ans.

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À Saint-Étienne, lors des Championnats de France fin juin, vous aviez décroché votre qualification pour ces Championnats d’Europe au bout de la souffrance. Où en êtes-vous aujourd’hui sur le plan physique ?

Pauline Mahieu : Mes soucis sont derrière moi. J’ai pu reprendre la musculation, refaire des départs, des coulées, toutes les choses que j’ai besoin de faire régulièrement car je ne les maîtrise pas. Donc je suis très contente. Je suis plus sereine sur le plot de départ, où je n’ai plus à me demander si je vais pouvoir pousser.

Vous êtes allée très loin en termes de douleur, aussi bien psychologique que physique…

Oui, mais je n’avais pas le choix parce que j’avais décidé d’y aller, de me dire, ce qui était une erreur, qu’il n’y avait pas de blessure. Ce n’était peut-être pas forcément le meilleur moyen, mais j’ai réussi quand même à me qualifier. La douleur et cette période difficile sont derrière moi et je suis très contente d’avoir réussi à le faire dans ces conditions.

Quand le couperet passe si près, on savoure d’autant plus…

Oui. Maintenant que c’est derrière moi, je nourris de grands objectifs sur ces Championnats d’Europe et j’ai surtout envie de prendre du plaisir, de profiter de l’événement qui est en France, c’est une chance. Je me suis rendu compte que des gens qui étaient tout le temps en équipe de France n’étaient pas là. On a beau faire les temps quinze fois dans la saison, ou les avoir faits pendant 10 ans, ce n’est jamais acquis. Au-delà du physique, je pense qu’il m’a manqué aussi de l’humilité sur ce 200m dos. Il m’a manqué de me dire qu’une qualification, même si on a 2 ou 3 secondes d’avance, il faut quand même aller la chercher. C’est sûr qu’il y a beaucoup de satisfaction de l’avoir fait et je veux aussi retenir la leçon pour les prochaines fois, où j’irai plus le couteau entre les dents et moins dans l’état d’esprit : «C’est cool, j’ai déjà fait le temps.»

J’ai l’impression que ce lâcher-prise, j’y parviens seulement quand je n’ai plus le choix.

Pauline Mahieu

Comment vous préparez-vous pour ces Championnats d’Europe à domicile ?

Il y a énormément d’excitation parce que je n’ai pas très bien vécu mes Jeux à Paris. J’ai eu du mal avec le fait que tout le monde nous répétait que c’était un cadeau, une chance. Et moi, je l’ai un peu pris en mode : «Il ne faut pas que je me rate car c’est la chance d’une vie.» Du coup, je me suis mis trop de pression et finalement, je l’ai ratée. Là, j’ai vraiment envie de profiter du public, de la présence de ma famille qui ne m’a jamais vu nager à ce niveau. J’ai hâte parce que je sais que l’ambiance aux Jeux était folle. J’ai envie de me sentir soutenue, que cela me galvanise. Je me souviens, lors des Championnats d’Europe en petit bassin, de la Polonaise (Katarzyna Wasick) qui s’était imposé lors du 50m nage libre. Après, j’étais sur une étape de Coupe du monde avec elle et on en avait beaucoup parlé toutes les deux. J’avais vu son émotion et j’avais même filmé ce moment, que je regarde de temps en temps pour m’inspirer.

Finalement, ce qui vous est arrivé à Saint-Étienne ne peut-il pas être un mal pour un bien ? Peut-être y avez-vous trouvé cette forme de lâcher-prise que vous recherchez depuis longtemps ?

Oui. J’ai l’impression que ce lâcher-prise, j’y parviens seulement quand je n’ai plus le choix. C’est-à-dire lorsqu’il n’y a plus d’autre solution que d’y aller à fond. C’est un peu embêtant parce que je me mets dans des situations d’extrême détresse, mais j’y arrive à ce moment-là. Maintenant, la grande question, c’est de savoir comment je peux réussir, sans me mettre dans des situations délicates, à trouver ce lâcher-prise qui vient aussi d’une énergie, d’une envie de réussir sans penser à la qualification, juste avec le plaisir de nager à 100% de mon potentiel.

Quel regard portez-vous sur cette équipe de France rajeunie, avec de nombreux nouveaux visages ?

C’est super bien d’avoir des nouveaux, de découvrir de nouvelles personnes. Il faut des gens d’expérience, mais il faut aussi de la fougue, de la jeunesse. Et de voir également une nageuse comme Bertille (Cousson), qui a mis des années avant de se qualifier et qui a réussi, c’est super bien. Ça donne un bon message.

Quand je suis arrivée dans le collectif France, tout le monde me regardait d’un mauvais œil.

Pauline Mahieu

Quand vous côtoyez au quotidien un quadruple champion olympique comme Léon Marchand, cherchez-vous à prendre des conseils auprès de lui ?

Dans les moments off, pas vraiment, parce qu’on est là aussi pour profiter comme lui, qui en plus est déjà énormément sollicité. Nous, en tant que coéquipiers, justement, on n’est pas là pour lui rajouter cette pression ou cette sollicitation. On est là pour s’amuser. Mais après, c’est sûr qu’on peut s’en inspirer pour voir comment il agit dans l’eau ou avant sa course, la façon dont il est serein. Il y a aussi son protocole de récupération, parce qu’il enchaîne beaucoup de courses. Après, si on a des questions, il est hyper ouvert, mais sinon, on est plus dans l’échange pour se faire plaisir et rigoler.

Comment expliquez-vous que le dos soit si performant en France, aussi bien chez les femmes que chez les hommes ?

Déjà, je pense que c’est un peu comme ça depuis toujours. Quand ça performe, cela attire davantage les jeunes. Au-delà de ça, ce côté très performant oblige les nouveaux et les nouvelles à être plus exigeants. Ils se rendent compte qu’être juste moyen ne va pas suffire, il faut être excellent. On sait que le temps fixé par la Fédération ne va pas nous suffire pour se qualifier pour les grands championnats, donc on devra nager encore plus vite. C’est ce qui se passe aussi chez les juniors. Il y a vraiment une émulation.

Une émulation peut conduire à une rivalité pas toujours très saine…

Oui, c’est vrai. Aujourd’hui, je suis trop contente parce qu’effectivement, cela n’a pas été forcément le cas il y a quelques années. En tout cas, moi, je ne l’ai pas très bien vécu. Quand je suis arrivée dans le collectif France, tout le monde me regardait d’un mauvais œil. C’est comme ça que je l’ai ressenti, et c’était vrai. Alors que là, nous sommes toutes contentes d’être ensemble. Depuis 2022, c’est vraiment un plaisir avec Marie-Ambre (Moluh) et Analia (Pigree). Là, il y a Béryl (Gastaldello) et Jeanne (Lechevalier). C’est trop bien. Quand Jeanne a performé, personne ne l’a vu d’un mauvais œil. Comme je le disais, on sait que le temps importera moins que la place pour se faire une place aux Championnats du monde dans un an et c’est très bien comme ça. Cela nous tire toutes vers le haut, dans une concurrence parfaitement saine.