PORTRAIT - Deuxième meilleur marqueur du Top 14, l’ailier ou arrière de Perpignan, qui a d’abord brillé avec France 7, entend désormais confirmer avec le XV de France à l’occasion du Championnat des nations.
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Convoqué cet été puis cet automne pour le Championnat des nations, Théo Forner, pur produit du rugby catalan, brille en ce début de saison avec Perpignan : cinq essais inscrits lors des six premières rencontres de Top 14. Il est le deuxième meilleur marqueur du championnat (à égalité avec le Lyonnais Jiuta Wainiqolo et le Bordelais Tom Willis), derrière l’ailier portugais de Pau, Rodrigo Marta (6). Zoom sur une carrière déjà bien remplie pour le joueur de 25 ans. «C’est un garçon qui arrive vraiment sur une phase où il est en pleine force de l’âge qui a un gros atout, c’est sa vitesse», souligne Mathieu Cidre, l’entraîneur adjoint de l’Usap. Et d’ajouter : «Il a encore besoin de vivre des situations, de faire des matches, il a été récompensé cet été, c’est très bien pour lui, il faut qu’il profite vraiment de surfer sur cette période-là.»
Convoqué l’été dernier, pas encore capé
La convocation de Théo Forner (25 ans) dans la liste de 42 joueurs pour préparer la deuxième partie du Championnat des nations (Fidji, Afrique du Sud, Argentine, match de classement) n’a pas été vraiment une surprise. L’été dernier, il avait été retenu pour les matches aller dans l’hémisphère sud, mais n’avait pas honoré sa première cape internationale. «J’irai vraiment décomplexé pour essayer de montrer mon plus beau rugby», a confié l’ailier ou arrière catalan cette semaine, après sa convocation. Et d’ajouter, sans pression : «Je ne me pose pas trop de questions. Je ne me monte pas la tête. Je reste dans ma bulle, dans l’équipe et avec mes proches.» Excellent finisseur, le joueur de l’Usap excelle également dans un domaine devenu primordial : celui des ballons hauts. Il est - avec le Vannetais Paul Surano - celui qui a capté le plus de ballons dans les airs (33) depuis le début de la saison.
Une famille catalane entre rugby à XV et à XII
Bon sang ne saurait mentir. Le rugby est une affaire de famille chez les Forner, issus d’une région où le rugby à XIII est très implanté (avec notamment les Dragons Catalans). Son grand-père était un joueur de première ligne à XV et son père, qui avait débuté à XIII à Estagel, avait ensuite évolué à XV. Ce dernier avait également entraîné son fils à ses débuts. Le jeune Théo a grandi à Espira-de-l’Agly, à une quinzaine de kilomètres au nord de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, et a passé douze ans dans le club de l’Esc-Bac-Asp (entente Espira-de-l’Agly-Baixas-Peyrestortes), avant de rejoindre l’USA Perpignan. Parallèlement à sa carrière de rugbyman professionnel, il a obtenu un bac STL (sciences et technologies de laboratoire) et s’est lancé ensuite dans une formation BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport). La mère de Théo est, elle, dans le monde du… vin. Elle est, en effet, coopératrice pour Dom Brial, une cave viticole située à Baixas.
Débuts en 10 et pilier à 7
Lors de ses premières années à l’Esc-Bac-Asp, Théo Forner jouait à l’ouverture. C’est seulement en arrivant à l’Usap que ses entraîneurs le feront basculer à l’aile ou à l’arrière. Avec sa belle pointe de vitesse (36,6 km/h), il a raconté qu’un entraîneur était surpris qu’il ne fasse pas, en parallèle, de l’athlétisme. Il est logiquement repéré pour jouer à 7, une discipline dans laquelle il s’épanouit. «À mon poste d’arrière-ailier, cette discipline ne peut que me faire progresser. Ça m’a appris à être plus endurant, à sprinter plus longtemps et à être plus résilient. Je ne lâche plus rien. Techniquement, je savais faire des passes mais là, c’est un niveau au-dessus», a-t-il raconté à Midi Olympique. Quand il débute à 7, un entraîneur explique que «les grands jouent devant, les petits derrière». Avec son 1,80 m, Théo Forner se retrouve alors au poste de… pilier.
Blessé mais champion olympique
Début 2023, Théo Forner intègre le groupe de France 7 à Marcoussis, après avoir été retenu dans l’équipe de France à 7 développement. Et ses débuts sont fracassants : lors du tournoi de Vancouver, où la France décroche l’argent (défaite en finale contre l’Argentine), il inscrit huit essais en cinq matches, dont trois doublés. Il est nommé, dans la foulée, pour le titre de rookie (débutant) de l’année 2023 par World Rugby. Logiquement, il est retenu pour les JO de Paris 2024. Mais, lors du match de poules perdu face aux Fidji, il se blesse gravement au genou (rupture du ligament croisé). Remplacé par le Toulousain Nelson Épée, il ne participera pas aux phases finales du tournoi. Mais sera logiquement considéré comme champion olympique. Va-t-il devoir, désormais, choisir entre un premier titre mondial avec le XV de France en 2027 ou un doublé olympique aux JO de Los Angeles 2028 ? «Ce n’est pas la même année», sourit le Catalan. Dans la liste de 42 joueurs dévoilée mercredi par Fabien Galthié, ils sont trois à avoir été médaillés d’or à Paris : Théo Forner donc, Antoine Dupont évidemment, mais aussi Aaron Grandidier-Nkanang.
La pique de Galthié, la réponse de Labit
Fabien Galthié est souvent cassant. Acerbe et pince-sans-rire. Ce n’est pas nouveau. Lors du rassemblement des Bleus en juin dernier, avant de partir pour l’hémisphère sud, le sélectionneur des Bleus avait lancé au joueur perpignanais après un plaquage manqué : «Oh Théo, tu n’es pas à Perpignan ici, tu ne joues pas le maintien !» Une pique qui avait irrité les supporters de l’Usap, mais Forner s’était bien envolé pour la Nouvelle-Zélande, premier des trois matches de l’été. Retour de bâton, sur le ton de la plaisanterie, lors de la venue de Fabien Galthié à Perpignan début octobre. Interrogé sur le fait que cela pouvait entraîner une effervescence chez ses joueurs, Laurent Labit, manager de l’Usap et ancien adjoint de Galthié, avait lâché dans un grand sourire : «Non, il n’y a que Théo Forner qui devait être content car il peut dire à Fabien qu’ici, il est à Perpignan.»
