Victime d’une grave hémorragie cérébrale après un coup derrière la tête lors de sa première défaite en octobre 2015, l’ancien espoir portoricain s’est éteint jeudi après une décennie de souffrances.
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L’histoire retiendra que son plus long combat n’aura pas été sur le ring mais aura débuté à sa sortie, dans les minutes qui auront suivi sa seule et unique défaite en carrière. Près de onze ans après ce sinistre souvenir d’un revers sous les coups de l’Américain Terrel Williams, le 17 octobre 2015 à Fairfax (Virginie), Prichard Colon s’est éteint jeudi à l’âge de 33 ans, après une décennie de cauchemar.
«Je suis au regret de vous annoncer le décès de mon fils Prichard, qui a quitté notre cher monde terrestre pour rejoindre un monde meilleur, a écrit son père Richard Colon sur Facebook. Merci pour tant d’années d’amour et de prières.» Un message «liké» à 65.000 reprises, témoin de l’onde de choc représentée par le tragique destin du boxeur portoricain.
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Sa carrière avait pourtant rapidement décollé. Né en Floride avant de prendre la direction de Porto-Rico, d’où étaient originaires ses parents, Prichard Colon se fait un nom dans les catégories de jeunes, où il accumule les titres amateurs sur ses terres avant de rafler l’or aux Jeux de la jeunesse panaméricaine avant ses 20 ans. Passé pro en 2013 chez les super welter (-70 kg), le Portoricain continue sur sa lancée, météorique, avec 16 victoires dont 13 par K.O., comme face au champion WBA de l’époque Vivian Harris en septembre 2015.
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Disqualifié avant la fin du combat
Un mois plus tard, il fait face à Terrel Williams à la EagleBank Arena de Fairfax en Virigine, pour ce qui restera comme sa seule et unique défaite. Considéré comme une «étoile montante» par ESPN avant la rencontre, Colon ira au tapis deux fois pendant la neuvième reprise. Avant cela, le jeune Portoricain a été touché à l’arrière de la tête à plusieurs reprises - ce qui est illégal -, au coeur d’un septième round qui aura fait basculer sa vie. Pénalisé pour ce coup illégal, son adversaire Terrel Williams sortira finalement vainqueur du duel. La raison ? La disqualification de Colon, dont l’équipe lui avait retiré ses gants de boxe au terme de la fameuse neuvième reprise, pensant que c’était la dernière (il y en a dix).
C’est dans les minutes qui ont suivi que tout a basculé. Pris de vertiges et de vomissements dans le vestiaire, le boxeur est transporté à l’hôpital, où le diagnostic est rapidement posé : hémorragie cérébrale. Une lourde intervention chirurgicale est suivie d’un long coma artificiel pendant 221 jours. Fauché dans sa vingtaine, le Portoricain se réveille mais n’est plus tout à fait le même. Sévèrement handicapé par des lésions neurologiques, il ne peut plus parler, lire ou écrire.
État végétatif puis fauteuil roulant
D’abord dans un état végétatif pendant deux ans, l’intéressé sera témoin de quelques menus progrès. «Je crois aux miracles», se prend d’espoir son père pour ESPN. En 2019, de nouveaux progrès sont visibles, grâce notamment à la technologie. Mais sa vie ne reprendra jamais son cours. Réapparu sur un fauteuil roulant, presque immobile, Colon ne renfilera jamais les gants. Avant de s’éteindre, près de onze ans plus tard. Sans être parvenu à réaliser son dernier rêve, de passer d’ultimes vacances sur ses terres. «J’ai fait tout mon possible pour réaliser son dernier vœu, son rêve de l’emmener une dernière fois à Porto Rico comme il le désirait tant, mais c’était impossible», a regretté son père Richard sur Facebook.
«C’est le cœur lourd et avec une immense tristesse que la communauté internationale de boxe pleure la disparition de l’ancien boxeur et une icône de courage Prichard Colon Melendez», a salué le World Boxing Council (WBC) dans un communiqué en réaction à la mort d’un «champion éternel». L’organisation avait décerné à Colon le titre de champion du monde à titre honorifique, avec la célèbre ceinture verte de rigueur. «Prichard ne se battait pas seulement avec sa technique, mais aussi avec une élégance et la fierté de porter le drapeau de Porto Rico au sommet de la boxe mondiale», poursuit l’instance.
Son adversaire «pensait à lui» chaque jour
WBC ajoute en outre que cette «tragédie a inspiré l’organisation à renforcer catégoriquement la sécurité des boxeurs, appliquant la tolérance zéro sur les coups portés derrière la tête tout en mettant en place un protocole strict pour protéger l’intégrité de tous les combattants à travers le globe».
Son adversaire, Terrel Williams, sera lui rapidement remonté sur un ring, dès l’année suivante. Ce qui suscitera l’ira de Richard Colon, le père de Pritchard, protestant contre l’organisation avec des pancartes : «Ne faites pas la promotion des boxeurs dirty (sales en VF)», «La boxe doit se réformer : stop aux comas».
Williams continuera sa carrière jusqu’en septembre 2019 et une première défaite en carrière (18-1). Il avouera au Washington Post qu’il ne pouvait plus combattre, hanté par le sentiment de «ne plus être invincible» et surtout par la peur d’une nouvelle tragédie : «Cette soirée a affecté sa vie pour l’éternité. Elle a aussi changé ma vie pour toujours.» Ce dernier, qui a défendu à ses enfants de faire de la boxe, n’a pas encore réagi au décès de Colon, pas plus qu’il n’avait pu le visiter après ce combat, bien qu’il «pensait chaque jour à lui et priait quotidiennement pour lui». Comme de milliers d’autres personnes. «Merci pour tant d’années d’amour et de prières, a réagi son père. Veuillez nous garder auprès de vous, tant que vous le pouvez».
