Le rideau semble tomber sur New York, mais la saison, elle, continue. Race à boucler, Finals à décrocher, millions à distribuer… derrière l’impression de fin, le tennis joue encore gros.
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À New York, quelques minutes suffisent pour avoir le sentiment que tout est terminé. Le dernier trophée du Grand Chelem est remis, les confettis retombent sur le court Arthur Ashe et les tribunes se vident. Pour le grand public, le tennis bascule alors doucement dans l’après. Les quatre grandes dates de l’année sont passées, les dernières images fortes sont rangées, et l’attention se tourne ailleurs. Pourtant, derrière ce faux clap de fin, la saison est loin d’avoir livré son dernier acte. Certains jouent encore leur qualification pour les Finals, d’autres défendent des points précieux ou un classement, quand les meilleurs peuvent encore aller chercher des titres et des gains considérables. Le tennis ne s’arrête pas à New York. Mais il donne furieusement l’impression de le faire.
Le rideau tombe mais la saison continue
Certes, l’US Open referme, comme à son habitude, la boucle des quatre Majeurs. La saison, en revanche, est loin d’être terminée. Pour certains plus que d’autres. De la Coupe Davis à la tournée asiatique, en passant par le Rolex Masters et les ATP Finals, qui se joueront du 8 au 15 novembre - à Indian Wells cette année, et non plus à Riyad. Un déménagement qui, à lui seul, dit combien cette fin de saison reste un enjeu, y compris économique. La saison masculine ne se clôture que définitivement avec les Finals de la Coupe Davis à Boulogne, du 23 au 29 novembre, après près de onze mois de compétition.
« La meilleure chose à faire […] est de laisser du temps à mon corps et à mon esprit, et de ne pas participer aux tournois en Asie »
Joao Fonseca, forfait pour la fin de saison.
Les meilleurs joueurs auront tout de même deux Masters 1000, en commençant par Shanghai, du 7 au 18 octobre. Pour finir à Paris, du 2 au 8 novembre. Les huit meilleurs joueurs joueront, eux, les finales de l’ATP à Turin, du 15 au 22 novembre.
Côté dames, la tournée asiatique inclut deux WTA 1000, Pékin, du 30 septembre au 11 octobre, et Wuhan du 12 au 18 octobre, dernières échéances avant les Finals du mois de novembre.
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Des points précieux à défendre…de l’argent à récupérer
Les points ne s’évaporent pas non plus avec le confetti de New York. Ceux de l’an dernier arrivent à échéance et doivent être remplacés, semaine après semaine, dans une mécanique de classement que le public perçoit rarement. 3550 points à défendre pour Sinner, champions des ATP Finals, de Paris, de Vienne et de Pékin l’année dernière. 1515 pour Aliassime, 1510 pour Alcaraz, ou 1220 pour le Monégasque Valentin Vacherot, vainqueur surprise en terres asiatiques lors de la fin d’année 2025. Pour être encore plus clair, Vacherot, actuellement 19e mondial, tomberait au-delà du top 40 en cas d’élimination au premier tour de Shanghai…
Et l’argent, lui, ne ment pas sur l’importance de la suite d’ailleurs. En 2025, Elena Rybakina, avait empoché la plus grosse enveloppe individuelle jamais versée dans le sport féminin en restant invaincue aux WTA Finals : 5,23 millions de dollars, contre 2,7 millions pour Aryna Sabalenka, finaliste. Le barème donne le vertige. 340 000 dollars rien que pour participer, 355 000 par victoire de poule, 1,29 million pour une demi-finale remportée.
Côté ATP, c’est plus ou moins la même, puisque les circuits se veulent égalitaires en termes de rémunération (même si la réalité reste quelque peu différente dès que l’on quitte les projecteurs des Majeurs).
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En 2025, un nombre record de 88 joueurs ont dépassé le million de dollars de gains, le Murcien Alcaraz en tête, avec 21,3 millions. Pendant que le nouveau partage des profits des Masters 1000 a reversé 18,3 millions de dollars à 186 joueurs. Difficile, dans ces conditions, de considérer les derrières semaines comme une simple tournée d’adieu.
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Et si le problème était devenu l’abondance ?
Le public continue de hiérarchiser l’année autour de quatre dates. Melbourne, Paris, Wimbledon, et New York. Là ou les autres tournois majeurs de la saison se situent entre les Grands Chelems, après l’US Open, Shanghai, Pékin où même les Finals peinent à égaler, et peuvent souvent être complètement oubliés du grand public, malgré leur poids sportif réel.
Aujourd’hui, avec un calendrier étouffant pour les joueurs, certains commencent à gérer leur sortie de saison. Non par désintérêt, mais parce que le corps impose ses propres limites. Sacrée à New York et propulsée N.1 mondiale, Rybakina avait disputé ses derniers matches américains sous antidouleurs - avec une blessure au tendon d’Achille contractée à Cincinnati et traînée jusqu’en finale. Quelques jours plus tard, son forfait pour la Billie Jean King Cup était annoncé. Sur les réseaux sociaux, la nouvelle triple championne du Grand Chelem confiait être «très triste de manquer Shenzhen», avant d’évoquer un corps éprouvé après un mois d’efforts. Un message qui intervient au moment précis où le public tourne la page.
« Je ne pense pas que Carlos fera deux fois la même erreur. Et je trouve que Sinner, jusqu’à présent, a parfaitement géré sa carrière. »
Greg Rusedski, ancien pro et entraîneur sur le circuit ATP
Reste une question plus dérangeante que celle du calendrier surchargé, déjà débattue. À force d’empiler les rendez-vous premium, le tennis n’a-t-il pas fini par brouiller la hiérarchie de ses propres événements ?
Les chiffres racontent pourtant une industrie en pleine expansion. Le Challenger Tour, l’antichambre du circuit, doit atteindre un record de 32,4 millions de dollars de prize money en 2026, en hausse de 167% depuis 2022. En comparaison, Wimbledon a annoncé cette année un prize money record de 64,4 millions de livres, en hausse de 20% sur un an. Deux courbes qui grimpent, mais à des vitesses différentes - et c’est peut-être bien là que se niche un problème. Plus le tennis multiplie les événements importants, plus il devient difficile de préserver à chacun son caractère exceptionnel. Après l’US Open, le tennis ne manque ni de matches, ni d’enjeux, ni même d’argent. L’accumulation des chiffres en atteste.
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Les «petits» peuvent encore voir grand
Sinner, Alcaraz, Zverev… fin de saison ou début de saison, les meilleurs ne peuvent pas négliger une certaine gestion de l’effort, pour protéger des corps fatigués. Mais, à quelques centaines de places derrières, dans l’anonymat du Top 100 ou 200, cette même période n’est pas abordée de la même manière. Évidemment. Trois ou quatre victoires bien placées courant septembre-octobre peuvent basculer une carrière, en octroyant des accès radicalement différents aux tableaux de 2027.
Moïse Kouame 191e au classement ATP à 17 ans, à l’opportunité de jouer l’ATP 250 de Chengdu sans passer par les qualifications, du 23 au 29 septembre. Le PIF ATP Next Gen Accelerator, dispositif réservé aux joueurs de 20 ans ou moins classés dans le top 250, offre au Sarcellois un accès direct au tableau principal de ce tournoi. La fin de saison ne se limite pas à distribuer les derniers trophées sous les projecteurs, mais offre également à ceux qui n’y sont pas encore, la possibilité de s’en approcher d’un bond. Une victoire à Chengdu, une série sur le Challenger, une poignée de points grattés loin des caméras - pour un joueur comme Kouame, chaque résultat de ces semaines-là peut peser plus lourd que n’importe quel match de l’année précédente. Et ce mouvement dépasse largement son cas personnel. Pendant que le public referme mentalement le livre de la saison, une autre course, moins visible, continue en coulisses.