Avant la deuxième partie du Championnat des nations en novembre (Fidji, Afrique du Sud, Argentine), le sélectionneur des Bleus a fait le point sur les dossiers chauds de l’équipe de France, à un an du Mondial australien.
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Rendez-vous dans un an quasiment jour pour jour. Le XV de France va partir à la conquête d’un premier titre planétaire, à l’occasion de la prochaine Coupe du monde en Australie (1er octobre-13 novembre 2027). En attendant, la rentrée approche pour le XV de France. Après avoir terminé meilleure équipe de l’hémisphère nord à l’issue de la première phase du tout nouveau Championnat des nations cet été (défaite bonifiée face à la Nouvelle-Zélande, victoires bonifiées contre l’Australie et le Japon), les matches «retour» de cette compétition lancée par World Rugby vont arriver vite, avec cette fois la visite des Fidji à Lyon (samedi 7 novembre), puis les réceptions explosives des doubles champions du monde Springboks (vendredi 13 novembre) puis des Pumas argentins (samedi 21 novembre).
Et pourquoi pas, ensuite, disputer la grande finale à Twickenham à Londres, le 29 novembre, pour décrocher ce premier trophée en jeu entre les cadors du Nord et ceux du Sud. «Tout le monde s’est pris au jeu, ça a plu, apprécie Fabien Galthié, qui était l’invité ce samedi du Canal Rugby Club. C’est pour ça que j’ai pu prendre une équipe un peu plus dense, une équipe de France un peu plus capée, un peu plus mature. Et les joueurs ont accroché le challenge et ça a donné... On est rentrés avec 12 points et on est premiers de la Ligue nord. Il nous reste trois matchs difficiles. Le premier de la Ligue nord affrontera le premier de la Ligue sud. Ce sont des finales quand même. (…) Il y a une partie stratégique qui se rajoute, mais surtout, ce que j’ai senti, dans le staff et chez les joueurs, j’ai senti une appétence forte au classement et à la compétition.»
On est parti sur un principe de tous les quatre matchs, une semaine off, c’est-à-dire récupération, préparation et ensuite à disposition la semaine d’après
Fabien Galthié
La principale information de la «rentrée médiatique» du sélectionneur des Bleus a été l’officialisation de l’arrivée de Geoffrey Doumayrou dans le staff des Bleus, après le départ de l’Anglais Shaun Edwards. «C’est un très bon jeune entraîneur, a salué le sélectionneur français. Je peux le confirmer, Geoffrey Doumayrou sera dans le staff de l’équipe de France». «J’avais remarqué que Geoffrey, pour un jeune entraîneur, avait une grosse appétence pour la défense et il performe avec son équipe de Montpellier. Je pense que la manière dont il amène la stratégie défensive dans cette équipe est un atout fort pour cette équipe. (…) Le double projet (MHR et XV de France, NDLR) est positif, à la fois pour le club, parce que le joueur revient avec une expérience importante, et à la fois pour l’équipe de France, parce qu’il est au contact du quotidien des clubs et il peut nous éclairer sur des points précis», souligne-t-il.
Le sélectionneur des Bleus est, par ailleurs, revenu sur la santé des joueurs, un défi de taille vu les cadences infernales imposées aux internationaux. «J’ai l’impression que j’ai fait une équipe de France de survivants par moments», regrette le sélectionneur tricolore qui a vu, impuissant devant sa télévision, Matthieu Jalibert et Emmanuel Meafou récemment se blesser. «Vendredi, samedi, très mauvaise semaine, très mauvais week-end… Matthieu, déjà, blessure au quadriceps. Je l’ai eu au téléphone, on a discuté et il m’a dit que ce n’était pas sûr (la gravité de sa blessure est estimée à quatre semaines, NDLR). Puis Manu Meafou , le dimanche soir. J’étais en colère parce que le plaquage est illégal pour moi, donc il faut protéger nos joueurs. On ne peut pas laisser faire n’importe quoi sur le terrain. Il était en grande forme. Ces deux joueurs faisaient partie des cinq meilleurs joueurs de cet été. Je peux le dire sans problème.»
«Avec la DTN, on a fait une recherche et on pense qu’on doit revoir la manière dont on détecte et on forme les piliers droits»
Sur la liste des 33 joueurs protégés publiée récemment dans la presse, Fabien Galthié a indiqué que «ce n’est pas la bonne. L’idée, c’est de voir ce qu’on peut faire. On a essayé de définir un rythme toutes les quatre semaines, il faut que le joueur de cette liste ne soit pas sur une feuille de match.» Et de détailler les plages de repos toutes les quatre semaines qui vont être accordées aux joueurs : «Ce n’est pas un week-end de repos, c’est un week-end off, c’est-à-dire que c’est une semaine off. Il faudrait que ce joueur-là ne participe pas aux entraînements, ne participe pas aux vidéos, ne participe pas au quotidien. D’abord, qu’il se régénère et ensuite qu’il puisse préparer, donc s’entraîner. Les joueurs, quand ils jouent trop, se dégradent. Et nous, on le mesure facilement. Donc, on est parti sur un principe de tous les quatre matchs, une semaine off, c’est-à-dire récupération, préparation et ensuite à disposition la semaine d’après», explique le sélectionneur des Bleus.
«De notre côté aussi, la Fédération et l’équipe de France, je m’engage à tenir sur 12 feuilles de match. Il y a à peu près 12 feuilles de match à distribuer, 12 cadres à distribuer par an, à ne faire que 9 feuilles de match, confirme-t-il. Là aussi, c’est "challengeant" parce que si on est en finale pour gagner le Tournoi ou cette compétition, il va falloir que je joue là-dessus. Moi, je trouve ça intéressant. Si je demande ça au manager (du club) de manière amicale et on le fait ensemble, c’est vraiment un travail, une collaboration.»
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Problème de taille à un an du Mondial, Fabien Galthié est revenu sur le manque de réservoir en piliers droits. «Avec la DTN, on a fait une recherche et on pense qu’on doit revoir la manière dont on les détecte et dont on les forme. Je pense qu’on n’a pas pris le bon chemin sur certains postes et notamment sur celui-là. Il y a un gros travail à faire à la base, c’est-à-dire quand ils commencent à monter en compétence au plus jeune âge. Je pense qu’on s’est un peu trompé sur la manière dont on les a accompagnés et formés. C’est vrai qu’il y a un travail. (…) On voit bien qu’il y a de l’émulation. À peu près, ils (les droitiers potentiels) sont tous à égalité sur le nombre de feuilles de match. Il y a des joueurs qui sortent maintenant.»
Après, il y a une âme. Créer une âme, entretenir une âme, une vision. Cette donnée, on va dire émotionnelle, psychologique, cette transe qu’on va rechercher
Fabien Galthié
Sous l’impulsion des Springboks doubles champions du monde (2019, 2023), les phases de combat collectif (mêlées, ballons portés) sont redevenues prépondérantes, capitales. «La mêlée se pousse et les ballons portés se poussent. Et pour le ballon porté, c’est sur pression de la Fédération française de rugby et de l’arbitrage en France qui est très sévère sur les ballons portés. Cette méthode a été prise par les arbitres, par World Rugby. Ça, c’est bien. On a réussi à apporter aussi notre vision à World Rugby, mais ce sont des phases de combat. Et en fait, ce qui est intéressant, c’est que le combat est tellement fort qu’il libère des espaces ailleurs.»
Fabien Galthié sait que la route sera encore longue jusqu’au Mondial, semée d’embûches, avant et pendant la compétition en Australie. «Réussir en Coupe du monde, c’est se préparer à traverser le chaos. Le chaos, l’état de crise, on ne sait pas d’où ça va venir. Mais il faudra le traverser, c’est-à-dire ne pas s’attendre à ce que ça se passe parfaitement.» Et d’ajouter : «Il faut accepter qu’il y aura des moments qui seront difficiles, accepter qu’il y aura des moments où l’on vit ensemble et on n’est pas toujours d’accord avec celui d’à côté. Accepter que se prendre une réflexion d’un joueur à côté, c’est pour le bien de l’équipe et au-delà d’un ego.»
«Il y a un autre point qui est bien sûr la stratégie, la préparation physique, le niveau des joueurs. Oui, c’est très important. Et après, il y a une âme. Créer une âme, entretenir une âme, une vision, poursuit le sélectionneur tricolore. Cette donnée, on va dire émotionnelle, psychologique, cette transe qu’on va rechercher. On est quelques gars à être passés tout près…»
