La coureuse de 24 ans a subi un dérèglement hormonal consécutif à une perte de poids importante, malheureusement fréquente dans le cyclisme de haut niveau.
Passer la publicité Passer la publicitéOcéane Mahé affichait un grand sourire samedi à Lausanne sur le podium du Tour de France femmes au moment de revêtir le premier maillot à pois de l’édition 2026. Il faut dire que la Haute Savoyarde connaît le prix du sacrifice pour performer dans la plus prestigieuse des courses cyclistes de la planète. Une charge d’entraînement et une discipline de fer qui l’a poussé, même, à flirter avec certaines limites du corps humain dans le passé.
«Mon système hormonal a décidé de se mettre en veille»
Dans un entretien accordé à Actu.fr, la membre de l’équipe française Ma Petite Entreprise a révélé «ne plus avoir des règles depuis trois ans». «Ce n’est pas forcément une très bonne nouvelle, mais on sait qu’en tant que sportives de haut niveau on pousse nos corps énormément, on va puiser dans nos réserves et malheureusement mon système hormonal a décidé de se mettre en veille depuis un peu plus de trois ans», a expliqué la jeune femme.
Passer la publicitéOcéane Mahé a avoué que ce dérèglement était survenu «à la suite d’une perte de poids» afin d’être la plus légère et la plus performante possible sur son vélo. La championne de France sur route espoirs en 2023 a toutefois précisé qu’elle avait repris des kilos depuis. Son poids s’est certes stabilisé mais le système hormonal, lui, n’a pas retrouvé de fonctionnement normal pour le moment.
La perte excessive de poids, un mal récurrent dans le vélo
Cette mauvaise gestion du poids chez les athlètes de haut niveau mène parfois au syndrome RED-S : les apports alimentaires sont insuffisants pour couvrir les dépenses liées à l’activité physique et un déséquilibre chronique s’installe. Le sujet de la perte de poids excessive ne cesse de revenir dans le cyclisme féminin. L’an passé, déjà, la maigreur de Pauline Ferrand-Prévot, vainqueure du Tour de France avait alimenté les débats. Une participante du Tour de France, la Suissesse Marlen Reusser n’avait pas masqué son inquiétude à propos de l’image renvoyée par son sport. «Elle a établi une nouvelle norme et lorsque des coureuses connaissent le succès, ça nous met la pression», avait-elle déclaré, lâchant même «espérer secrètement» que la Française «ne gagne pas.»
«On est dans un moment dangereux. Il y a beaucoup de personnes qui ont gagné de grandes courses avec un poids très léger et, indirectement, les jeunes filles qui essaient de performer vont les prendre pour exemple», avait alerté de son côté Cédrine Kerbaol qui participe elle aussi au Tour de France cette année.
Chef du service d’hématologie clinique et chef du laboratoire d’hématologie et d’immunologie du centre hospitalier de Troyes, Gérard Dine avait réagi auprès du Figaro sur les dangers de cette course au poids et à la performance. «Il faut une connaissance parfaite de la physiologie féminine de chaque sportive. Les risques encourus, c’est la dérégulation hormonale et perte des règles, ce qui est catastrophique pour une fille, et les conséquences de cette dérégulation, c’est l’impact sur le métabolisme et l’impact osseux avec de l’ostéoporose.»
Le danger d’un cyclisme professionnel féminin à deux vitesses
L’auteur du «Le suivi biologique du sportif» (Elsevier Masson) avait insisté sur l’importance du suivi chez les athlètes et la problématique liée à la mise en place d’un cyclisme à deux vitesses avec, d’un côté, des coureuses suivies par des médecins dans des équipes structurées et de l’autre, des sportives de haut niveau dont le suivi était encore insuffisant. «Le niveau s’homogénéise mais il reste encore des disparités importantes. Évidemment, si certaines équipes ne font qu’un bilan biologique par saison pour suivre leurs athlètes, ce n’est pas suffisant... Il y a probablement des décalages entre les environnements scientifiques auxquels ont accès les différentes équipes en fonction de leurs moyens», avait déclaré Gérard Dine ne doutant pas un instant du sérieux entourant la préparation de Pauline Ferrand-Prévot : «Je n’imagine pas qu’une sportive de ce type-là, qui gagne depuis très longtemps, ne bénéficie pas d’un suivi et de bilans biologiques réguliers, très pertinents au niveau de la nutrition, au niveau des grandes constantes… »
