Arrivé à Crystal Palace cet été, Pierre Sage forme désormais un contingent d’entraîneurs français en Premier League, avec Régis Le Bris à Sunderland. Le tout dans des contextes similaires.
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La Premier League reprend ses droits ce week-end avec un léger accent français. Pour la première fois depuis 2017, le plus gros championnat de football au monde, ou du moins le plus fortuné, a deux entraîneurs tricolores sur la ligne de départ. Pierre Sage, après douze mois flamboyants au RC Lens (2e de Ligue 1, victoire en Coupe de France), a été choisi par Crystal Palace. Il a ainsi rejoint un championnat où évolue depuis un an le Sunderland de Régis Le Bris, aussi discret que performant.
L’entraîneur finistérien, 50 ans, a avancé à pas de loup outre-Manche. Il s’y est refait la cerise à la surprise générale. Ce Breton pur jus a fait ses armes dans les équipes de jeunes du Stade Rennais et du FC Lorient, où il a gravi les échelons (moins de 17 ans, réserve, équipe pro). Le président, Loic Féry, lui avait confié les pleins pouvoirs en début d’année 2024 pour un échec cuisant : une relégation en L2 six mois plus tard.
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«C’était un contexte très difficile et particulier, cela aurait rendu la tâche très difficile à n’importe qui», estimait Kyril Louis-Dreyfus, président franco-suisse de Sunderland et fils de l’ancienne propriétaire de l’OM Margarita Louis-Dreyfus, qui disait avoir eu des «retours très positifs» sur la «méthodologie de travail» de Le Bris. Coincé en Championship (D2 anglaise) depuis deux ans, triste 16e en 2023-24, Sunderland a enchanté le Royaume, s’est classé 4e et a triomphé lors des barrages de promotion au printemps. Le Bris a été élu, par deux fois, meilleur entraîneur du mois.
Le Bris a fait un boulot incroyable pour souder le groupe et faire croire aux joueurs qu’ils étaient capables de tout ça
Jermaine Beckford, ancien attaquant (Leeds, Everton, Leicester...) auprès de la BBC
Il a fini de cornaquer la renaissance chevaleresque d’un club mythique et mystique, six fois champion d’Angleterre entre 1892 et 1936, et objet de fascinations depuis le documentaire immersif «Sunderland ’Til I die». On y vivait la saison des «Blacks Cats», fraîchement relégués, en Championship. Ce qui aurait pu être l’histoire de leur remontée a été celle d’une seconde relégation consécutive, en League One. L’amour des supporters, qui ne connaît ni trêve ni terminus, n’en a été que plus poignant.
Sunderland est remonté en Championship en 2022, en Premier League en 2025, et parce que Le Bris est un faiseur de miracles, il l’a qualifié pour la Ligue Europa, à la faveur d’une 7e place en Premier League, arrachée lors de la dernière journée après avoir battu Chelsea (2-1). Un authentique exploit : Sunderland avait le plus petit budget du championnat (110 M€ selon Sportune), cinq à six fois inférieur à celui de Chelsea (608 M€, 10e). «Le Bris a fait un boulot incroyable pour souder le groupe et faire croire aux joueurs qu’ils étaient capables de tout ça», a félicité l’ancien attaquant Jermaine Beckford sur les ondes de la BBC.
Son équipe est désormais connue et attendue. Longtemps, son seul renfort estival était le latéral belge Thomas Meunier, arrivé libre. Vendredi, à quelques heures du début de la saison, le latéral gauche français Dayann Méthalie a signé pour 28 M€ en provenance de Toulouse. «Le Bris aurait préféré avoir des nouveaux joueurs plus tôt mais il est très relax, sans la moindre angoisse», a informé la BBC. Pierre Sage n’a pas non plus de quoi faire grise mine, lui qui découvre le grand monde du football anglais. Il arrive dans un club vainqueur du premier trophée majeur de son histoire l’an dernier, la FA Cup, puis du Community Shield, et même de la Ligue Conférence (la troisième coupe d’Europe) en mai, tout en assurant péniblement son maintien (15e).
Sage, un nouveau type de palier à franchir
Crystal Palace participera donc, comme Sunderland, à la Ligue Europa. Ses moyens sont supérieurs, forcément quand on évolue dans la lucrative Premier League depuis plus d’une décennie. Abonnés au ventre mou, les «Eagles» rêvent d’imiter les «Black Cats». Eux s’en donnent les moyens, un peu : 63 M€ dépensés, en piochant un peu partout (Everton, Celta Vigo, Ajax Amsterdam, championnat belge...).
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Ce serait beaucoup pour Sage s’il était resté à Lens. La réalité est que 16 des 19 autres clubs de Premier League ont dépensé davantage, la moitié ayant franchi la barre des 100 M€. «Parfois, vous devez attendre la dernière minute parce que les négociations sont difficiles», a justifié l’ancien Artésien à Sky Sports, avec une communication ciselée. Gérer les médias, c’est une chose en France, c’en est une autre en Angleterre, terre sacrée du ballon rond.
Sage avait déjà réussi un premier bond sur le plan médiatique, tactique et humain, lorsqu’il s’était retrouvé propulsé à la tête de l’équipe première à Lyon, en 2023. Dans un reportage de Ligue 1+ en immersion au RC Lens, l’ancien recruteur de Châteauroux n’oubliait pas d’où il venait : «Je pense qu’il y a vraiment des gars dans le foot amateur qui ont des possibilités d’être à ce niveau-là. À l’inverse, il y a des gens qui y ont été propulsés alors qu’ils n’avaient rien à y faire.»
Bientôt trois entraîneurs français en Premier League ?
Lui sait y faire, même avec moins d’argent que les autres. Lens avait le 10e budget de Ligue 1 la saison dernière et s’est classé 2e. Il s’était appuyé sur un international français, Florian Thauvin. À Londres, il en aura un autre, le colosse d’avant-centre qu’est Jean-Philippe Mateta. Il y accolera des Adam Wharton, Ismaïla Sarr ou Chris Richards. Rien de claquant, ce n’est ni le genre de Palace, ni celui de Sage, dont le premier test intervient ce samedi (16h) sur la pelouse d’Everton.
Avec Le Bris, dont le Sunderland se déplacera en même temps à Ipswich Town, ils seront à la fois compatriotes, camarades et rivaux, que ce soit pour le maintien, le ventre mou ou les derniers strapontins européens. Ils apporteront aussi une «French touch» aux yeux des gens. Il n’y avait plus eu deux entraîneurs français simultanément en Premier League depuis la saison 2017-18, avec Claude Puel à Leicester et Arsène Wenger à Arsenal.
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Dans un avenir plus ou moins proche, il pourrait même y en avoir trois avec Julien Stephan, qui vient d’entamer sa deuxième année sur le banc des Queens Park Rangers, 15es de Championship l’été dernier. Ce ne serait pas inédit, ce fut déjà le cas au début des années 2000 (Gérard Houllier à Liverpool et Jean Tigana à Fulham). Ça n’en serait pas moins prodigieux, pour chacun d’entre eux. En 2018, Wenger mettait un terme à sa légendaire carrière sur le banc d’Arsenal. Sage, Le Bris et Stephan, eux, n’en sont encore qu’au début de leur «dream».
