L’ancien entraîneur de l’Olympique Lyonnais, Pierre Sage, retrouvera le Groupama Stadium jeudi soir, à l’occasion de la 2e journée de Ligue Europa, avec Crystal Palace.

Passer la publicité Passer la publicité

Le 27 janvier 2025, le couperet tombe. Pierre Sage est démis de ses fonctions à l’Olympique Lyonnais par John Textor. Même s’«il était l’homme parfait pour ce boulot, et que l’on a vu sa magie opérer», l’ancien président de l’OL mettait fin à l’histoire d’amour débutée en 2023 alors que l’entraîneur n’avait aucune expérience au plus haut niveau. Avec plus d’expérience cette fois-ci, Pierre Sage retrouve son premier amour jeudi au Groupama Stadium, pour la 2e journée de Ligue Europa, avec les couleurs de Crystal Palace. Une rencontre forcément spéciale pour celui qui aura laissé une trace indélébile sur les bords du Rhône.

«Pierre Sage nous laisse une image exceptionnelle. Quand on voit où il a récupéré le club et où il l’a mis, il a gagné le respect de tous. Très peu d’entraîneurs dans le monde ou dans l’histoire du football ont pu réaliser ce qu’il a réalisé. Je lui souhaite tout le meilleur pour la suite», clamait Rayan Cherki quelques jours après le départ du jeune coach (47 ans aujourd’hui, NDLR). Le prodige français, qui fait désormais le bonheur de Manchester City, faisait alors référence au passé maigre de Pierre Sage avant de prendre les rênes de l’OL. Cantonné le plus souvent au poste d’adjoint, il occupa cette fonction avec les U19 d’Annecy (2015-2016) avant de l’être du côté de Lyon-La Duchère (2018-2019). Cette même saison, il tapait dans l’œil de l’Olympique Lyonnais, qui le nommait entraîneur de la catégorie U16. Il y restera jusqu’en 2022.

Passer la publicité

C’est cette même année que son destin change. Il devient entraîneur adjoint du Red Star, alors en National 1 et dirigé par un certain Habib Beye. Ce ne sera qu’un court chapitre, puisque à la rentrée 2023, Pierre Sage est nommé directeur du centre de formation… à Lyon. Retour aux sources. Et quel retour ! À la surprise générale, John Textor le nomme dans l’urgence entraîneur de l’équipe 1 par intérim quelques semaines après le limogeage de Fabio Grosso. Un saut dans l’inconnu. «Je suis au service de mon club, affirmait-il lors de sa première conférence de presse. Je viens avec des idées mais je m’adapte surtout au contexte de l’équipe et à celui de l’adversaire. Le but n’est pas de me faire plaisir, mais de prendre en compte les ressources que nous avons.»

Une folle ascension avec Lyon

Finalement, la mayonnaise prenait. L’entraîneur relevait l’Olympique Lyonnais de sa dernière place au classement au top 6, qualifiant ainsi le club pour la Ligue Europa pour l’exercice 2024-2025. Une adaptation éclair, qui l’amenait à être nommé officiellement entraîneur de l’OL jusqu’en 2026, lui qui venait d’obtenir son brevet d’entraîneur professionnel de football (BEPF).

Mais la joie fut de courte durée. Une éviction quelques mois plus tard, remplacé par Paulo Fonseca après une mauvaise passe du club. Un coup de massue pour le natif de Lons-le-Saunier (Bourgogne-Franche-Comté), mais aussi pour les supporters, qui gardent encore un (très) bon souvenir de leur ancien coach. Lors d’une interview accordée à Ligue 1+ il y a quelques jours, Pierre Sage racontait une anecdote très émouvante. «Je suis aux Galeries Lafayette à Lyon en train d’acheter des lunettes de soleil. Un monsieur, qui a entre 55 et 60 ans, s’approche de moi. Il fond en larmes. Sa femme arrive, elle fond en larmes aussi. Les deux me font pleurer mais je ne sais pas pourquoi, avance-t-il. ’’Écoutez, j’ai eu très peur de perdre l’OL et je tenais vraiment à vous remercier’’». Pour le nouvel entraîneur de Crystal Palace, cette anecdote ne peut que renforcer ce fameux «lien d’appartenance indestructible».

Un attachement qui s’était confirmé trois jours après sa mise à l’écart, avec l’hommage offert par les supporters à Pierre Sage au Groupama Stadium lors de la réception de Ludogorets en Ligue Europa. Outre les chants en son nom, deux banderoles virevoltaient dans les travées du stade. «Textor, ton management nous laisse sans voix», disait la première, pointant du doigt l’ancien président du club et sa décision de virer l’ancien directeur de l’académie. «Pierre Sage nous te donnons notre respect éternel», racontait la seconde.

Un hommage mérité, qui n’a pas laissé insensible le coach. «J’ai d’abord été très touché par les hommages des supporters. J’ai été surpris : je savais qu’ils allaient faire quelque chose, mais je ne pensais pas que ce serait à cette hauteur-là. En revanche, ça a été assez dur de voir les joueurs œuvrer, tout en me disant que quelque chose venait de se terminer. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment réalisé que c’était fini», racontait-il à nos confrères de L’Équipe quelques semaines après son départ, tout en affirmant être «en manque cruel de foot, je suis en manque des entraînements, d’entendre le bruit des ballons, d’installer le matériel, de préparer des séances et des matches.»

Passer la publicité

Et l’occasion se présentait à l’issue de la saison. Le RC Lens jetait son dévolu sur Pierre Sage. Lors de sa présentation, il détaillait : «Si on arrive à intégrer un maximum de paramètres dans cette volonté, on sera compétitif, on marquera des points, on montera dans le classement.» Des paroles, et des actes. Lens bouclait sa saison avec une magnifique 2e place derrière le Paris Saint-Germain – synonyme de qualification pour la Ligue des champions – et un titre en Coupe de France. Par ailleurs, encore un signe du destin, il affrontait l’OL pour sa première avec Lens lors de la première journée de Ligue 1. Là aussi, il avait eu le droit à sa banderole : «P. Sage : on t’oublie pas». Des mois plus tard, avant le match retour, il disait : «Je suis lyonnais, entraîneur lensois, c’est assez clair pour tout le monde et je ne m’en cache pas». Impossible pour lui de renier «cette connexion» comme l’expliquait l’intéressé à l’Équipe.

Des débuts contrastés en Angleterre

Toujours est-il qu’après une saison plus qu’aboutie avec le RC Lens, l’ancien entraîneur de l’OL attisait les convoitises. Même s’il jurait rester lors d’une intervention sur Téléfoot, Pierre Sage s’envolait finalement en Angleterre cet été, à Crystal Palace. Son «rêve» d’entraîner en Premier League prenait vie, même si les débuts s’avéraient compliqués. Et comme il n’y a pas de hasard, Pierre Sage retrouvait Lens, son ancien club, lors du tournoi de Côme. Une défaite cuisante en 45 minutes (3-0) et une saison qui démarre mal. Si l’entraîneur français a guidé les siens vers une qualification pour le prochain tour de la Coupe de la Ligue anglaise, en championnat, la tâche est plus compliquée. Seulement deux victoires depuis le début de l’exercice 2026-2027 de Premier League, dont une dimanche dernier lors de la 6e journée de PL face à Nottingham Forrest (3-1), lors de laquelle il n’a pas manqué de parler de l’OL à l’issue de la rencontre en vue de-là confrontation en C3.

«Je joue à domicile et à l’extérieur. C’est un grand plaisir de retourner en France et de retourner à Lyon. Je suis content de rencontrer tous mes anciens collègues et tout le public. Mais pendant deux heures, je serai un adversaire, s’est épanché Pierre Sage au micro de Canal +. Ils (les supporters de Crystal Palace, NDLR) peuvent compter sur moi pour tenter notre chance». Les Eagles devront surfer sur leur bonne dynamique pour s’affranchir de l’OL, qui reste sur une défaite ce week-end contre Lens (2-1). Cette rencontre si particulière sera aussi le moyen de démontrer aux dirigeants lyonnais que son histoire n’est pas terminée.

«Je ne vendrai jamais la maison que je suis en train d’acheter ici pour une bonne raison : je sais qu’un jour je reviendrai entraîner l’OL», confiait-il à l’Équipe. Pour le moment, le retour à Lyon et au Groupama Stadium s’effectuera dans la peau d’adversaire. À lui de mettre les émotions de côté pour enchaîner une deuxième victoire de suite en Ligue Europa.