Ce vendredi soir à 20h45, l’Olympique de Marseille accueille le Racing Club de Strasbourg en ouverture de la saison 2026/27, la deuxième pour Ligue1+. Abonnés, prix, piratage, diffuseurs et revenus UEFA : les cinq variables qui détermineront la valeur future du championnat français. Décryptage.
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La Ligue 1 s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre de son histoire audiovisuelle. Pour la saison 2026-2027, Ligue 1+ change de dimension en diffusant désormais les 9 matches sur 9 de chaque journée. Une simplification bienvenue pour les supporters, mais surtout une nouvelle étape dans la tentative de reconstruction d’un marché des droits TV profondément déstabilisé depuis le crash Mediapro.
Le défi est considérable. Alors que les droits domestiques avaient culminé à 1,153 milliard d’euros avec Mediapro, la capacité de redistribution aux 18 clubs demeure aujourd’hui très éloignée de ce niveau. Pour 2025-2026, les estimations évoquent moins de 200 millions d’euros de redistribution nette, alors que la référence d’avant-crise se situait autour de 700 millions d’euros de revenus médias. Le football français doit donc désormais reconstruire sa valeur, davantage que simplement tenter de retrouver son ancien niveau.
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Un nouveau paysage de diffusion
Pour le fan français, la saison 2026-2027 apporte une relative simplification. Ligue 1+ devient le point d’accès aux neuf rencontres de chaque journée, tandis que les offres des différents distributeurs permettent de reconstituer des bouquets associant football français, européen et international. Le tarif de référence de Ligue 1+ est désormais de 19,99 € par mois avec engagement de douze mois. Une offre de lancement à 14,99 € est proposée pendant les trois premiers mois avant de revenir à 19,99 €.
Autre évolution majeure : le bundle DAZN + Ligue 1+, proposé à terme à 22,99 € par mois avec engagement, donne accès à Ligue 1+ mais également au catalogue DAZN, notamment LaLiga et la Serie A. DAZN doit toutefois être présenté comme distributeur de Ligue 1+, et non comme détenteur direct des droits de la Ligue 1.
Cette complémentarité des offres peut constituer l’un des leviers de reconstruction de la valeur du football français.
Le véritable enjeu : transformer les abonnés en valeur
Ligue 1+ avait franchi le seuil du million d’abonnés dès sa première saison, avec 1,026 million d’abonnés annoncés par la LFP en septembre 2025. À la fin mai 2026, la plateforme indiquait encore avoisiner le 1,2 million.
Mais le prochain seuil est d’une tout autre nature : 2 millions d’abonnés. S’il était atteint dans les prochaines saisons, il pourrait changer la perception économique de Ligue 1+. Avec une base d’abonnés suffisamment large et une offre désormais complète, la chaîne de la LFP pourrait redevenir suffisamment attractive pour intéresser de nouveau de grands distributeurs et modifier le rapport de force avec les diffuseurs historiques.
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C’est notamment le scénario qui permettrait de réouvrir la question d’une présence renforcée de Ligue 1+ dans les bouquets de Canal+.
Le prix sera déterminant
Le passage de 14,99 € à 19,99 € pour l’offre Ligue 1+ constitue un véritable test de marché. La hausse du prix moyen par abonné peut améliorer la valeur économique de la plateforme, mais elle peut également ralentir l’acquisition ou accélérer le recours au piratage.
Toute la difficulté sera donc de trouver le bon équilibre entre ARPU, nombre d’abonnés et taux de rétention. Autrement dit : deux millions d’abonnés à un prix trop faible ne suffiraient pas nécessairement. Mais un prix élevé sur une base trop réduite ne permettra pas davantage de reconstruire la valeur des droits.
Le piratage, autre variable stratégique
Jusqu’ici, la France était en retard sur la lutte contre le piratage et donc la protection des diffuseurs, ce qui est une des explications de la chute des droits. La bonne nouvelle pour notre football réside dans l’entrée en vigueur de la PPL Sports définitivement adoptée fin juillet. « Enfin, il sera possible de bloquer les adresses IP et non plus les DNS avec un mode opératoire permettant aux diffuseurs de déclencher des blocages avec les FAI en direct », précise Brice Daumin, DG de DAZN France.
Le renforcement du dispositif de lutte contre le streaming illégal constitue un autre élément important du nouveau cycle. La protection de la valeur des droits ne dépend pas uniquement du prix payé par les diffuseurs. Elle dépend également de leur capacité à transformer une audience potentielle en audience monétisée.
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Pour la Ligue 1, la lutte contre l’IPTV et le streaming illégal devient donc une question économique autant que juridique : chaque spectateur qui bascule d’une consommation pirate vers une offre payante contribue potentiellement à la reconstruction du marché.
Quatre variables pour changer de dimension
La trajectoire des prochaines saisons dépendra ainsi de quatre variables :
- 1. L’effet du 9e match
L’intégration de l’affiche auparavant diffusée par beIN Sports permettra-t-elle d’accroître significativement l’attractivité de Ligue 1+ ?
- 2. Le prix
Le passage à 19,99 € permettra-t-il d’améliorer les revenus par abonné sans casser la dynamique d’acquisition ?
- 3. Le piratage
Le nouveau dispositif anti-streaming permettra-t-il de mieux protéger la valeur des droits et les diffuseurs ?
- 4. Les abonnés
Ligue 1+ peut-elle franchir le cap des 2 millions et transformer une plateforme de diffusion en véritable actif média ?
L’Europe comme filet de sécurité
Dans l’attente d’une reconstruction des revenus domestiques, les clubs français vont continuer à regarder vers l’Europe. Les primes UEFA constituent désormais une source essentielle de revenus pour les clubs capables de s’installer régulièrement dans les compétitions européennes. Elles permettent en partie de compenser l’effondrement de la valeur du marché audiovisuel national.
Mais cette situation crée aussi une nouvelle fracture : les clubs capables de performer en Europe disposent d’une source de revenus supplémentaire que les autres ne peuvent pas facilement reproduire.
Le long chemin de la reconstruction
La Ligue 1 n’est donc plus dans une logique de simple négociation de droits TV. Elle doit désormais construire un écosystème de valeur associant plateforme OTT, hyperdistribution, abonnements, audience, protection contre le piratage et performances européennes.
Le million d’abonnés a démontré que le marché existe. Les deux millions permettraient de démontrer qu’il peut changer d’échelle. Mais même dans ce scénario favorable, le retour vers les quelque 700 millions d’euros de revenus médias de l’ère pré-Mediapro ne se fera pas en une saison.
Après le crash Mediapro, la Ligue 1 a peut-être touché le fond de sa crise de valeur. La reconstruction commence désormais. Elle sera longue, progressive et dépendra moins d’un diffuseur providentiel que de la capacité du football français à transformer ses supporters en valeur économique durable.
