Après les Jeux de Milano-Cortina, les performances aux récents Championnats d’Europe d’athlétisme comme de natation, 2026 pourrait bien être l’année où l’Italie démontre que le sport est devenu un véritable instrument de soft power. Prochaine étape : les Jeux méditerranéens de Tarente.

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Alors que vient de s’ouvrir la 20e édition des Jeux méditerranéens samedi dernier, l’Italie ne lance pas simplement une nouvelle compétition internationale. Elle referme symboliquement une séquence sportive exceptionnelle commencée quelques mois plus tôt dans les Alpes avec les Jeux olympiques et paralympiques de Milano-Cortina. Entre les deux, l’Italie a démontré qu’elle n’est plus seulement une grande nation sportive historique : elle cherche désormais à faire du sport un outil de rayonnement international, de diplomatie et d’influence.

2026 : l’année où l’Italie joue à domicile

Le calendrier est particulièrement révélateur. En février, les Jeux olympiques d’hiver de Milano-Cortina ont offert à l’Italia Team le meilleur bilan de son histoire aux Jeux d’hiver : 30 médailles, dont 10 en or, avec des podiums dans dix disciplines différentes. L’Italie a terminé quatrième du classement des nations, derrière la Norvège, les États-Unis et les Pays-Bas.

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Quelques mois plus tard, la dynamique se poursuit. À Birmingham, aux Championnats d’Europe d’athlétisme 2026, les Transalpins reviennent avec une première place au tableau des médailles avec 22 podiums, dont 10 titres, devant la Grande-Bretagne. Larissa Iapichino, Nadia Battocletti, Leonardo Fabbri ou encore les relais italiens ont contribué à confirmer la profondeur de la nouvelle génération azzurra.

À Paris, aux Championnats d’Europe de natation, l’Italie termine la compétition avec 20 médailles, deuxième au nombre de titres mais première au nombre total de podiums. La révélation Sara Curtis, seulement 19 ans, a surtout marqué les esprits en battant à deux reprises le record du monde du 50 m dos.

Trois compétitions, trois territoires, trois univers sportifs différents : l’Italie est partout. Mais le véritable sujet n’est peut-être pas sportif. Car cette succession de performances intervient au moment même où l’Italie structure beaucoup plus clairement sa stratégie de sport diplomacy.

La Farnesina, le ministère italien des Affaires étrangères, revendique désormais le sport comme un instrument de promotion internationale du « Sistema Italia ». Depuis trois ans, la diplomatie sportive fait partie intégrante de son action internationale, en associant réseau diplomatique, CONI, fédérations, universités, entreprises et institutions culturelles. Et le calendrier 2026 n’est évidemment pas neutre.

Des montagnes avec Milano-Cortina à la mer avec Tarente

D’un côté, une Italie alpine, européenne, technologique et touristique. De l’autre, une Italie méditerranéenne, tournée vers l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et les Balkans.

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La stratégie est d’ailleurs assumée par le gouvernement italien : les Jeux de Milano-Cortina et ceux de Tarente sont présentés comme deux événements permettant de renforcer la présence internationale de l’Italie et son rôle de « hub » sportif et culturel.

C’est précisément ce qui donne aux Jeux méditerranéens une dimension particulière, plus géopolitique que médiatique, du moins de notr côté des Alpes. Du 21 août au 3 septembre, Tarente accueille la 20e édition de la compétition, avec 26 pays, issus de trois continents, et plus de 4 000 athlètes autour de 31 sports.

Mais le gouvernement italien ne considère pas l’événement comme une simple compétition multisports. La page officielle consacrée aux Jeux parle explicitement de « significati geopolitici » extraordinaires. Sur les 300 millions d’euros mobilisés par l’État, 275 millions sont destinés aux infrastructures sportives et 25 millions à l’organisation.

Autrement dit : l’essentiel de l’effort financier italien n’est pas consacré au spectacle sportif lui-même, mais à l’héritage territorial. Tarente devient ainsi une vitrine pour une autre Italie : celle du Mezzogiorno, des Pouilles, de la Méditerranée et d’une ville longtemps associée à l’industrie lourde et aux difficultés environnementales.

Une compétition au cœur d’une Méditerranée sous tension

C’est là que le sujet devient véritablement géopolitique. Car oui, la Méditerranée n’est pas seulement une zone touristique. C’est aujourd’hui un espace de tensions : guerre en Ukraine et ses conséquences, conflit au Proche-Orient, migrations, fractures économiques, enjeux énergétiques, rivalités d’influence entre puissances européennes, africaines et moyen-orientales. Dans cet environnement, réunir autour d’un même événement 26 délégations représentant trois continents possède une portée symbolique particulière.

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Le sport ne règle évidemment aucune crise géopolitique. Mais il crée quelque chose que la diplomatie traditionnelle peine parfois à produire : un espace de rencontre où des nations peuvent continuer à se parler, se mesurer et coopérer malgré leurs différences. Le Comité international des Jeux méditerranéens revendique d’ailleurs depuis l’origine cette vocation de dialogue, d’amitié, de coopération et de paix.

Tarente devient donc potentiellement un laboratoire de ce que le sport peut encore représenter dans un monde fragmenté : un langage commun.

Le “soft power” italien passe aussi par les champions

La performance sportive renforce cette stratégie. Car le soft power ne repose pas uniquement sur les infrastructures ou les événements. Il repose aussi sur les visages capables d’incarner une nation. Federica Brignone, Lisa Vittozzi, Nadia Battocletti, Gianmarco Tamberi, Larissa Iapichino, Sara Curtis ou encore les nombreux champions italiens issus des sports olympiques deviennent autant d’ambassadeurs potentiels du pays.

La Farnesina a d’ailleurs développé un programme « d’ambassadeurs de la diplomatie sportive », en s’appuyant sur des champions italiens pour porter l’image du pays à l’étranger. Plus de 300 événements liés à cette diplomatie sportive avaient déjà été organisés par le réseau diplomatique italien. Le mécanisme du soft power du sport italien reste classique : des performances qui génèrent des émotions positives, donnant de la visibilité et renforçant la réputation à l’international, le tout facilitant les interactions avec des dirigeants étrangers sportifs comme politiques … en un mot, de l’influence.

Et le business dans tout cela ?

Il existe, mais il ne doit probablement pas être le sujet principal. L’économie du sport italienne représente un véritable écosystème : la Farnesina évoque 24,7 milliards d’euros de valeur ajoutée, plus de 400 000 emplois et 4,7 milliards d’euros d’exportations de biens sportifs. Les grands événements sont également utilisés comme plateformes de promotion du Made in Italy, d’attractivité touristique et de développement des entreprises.

Mais à Tarente, le véritable « business model » est d’abord celui de l’investissement territorial et de l’influence. Le retour recherché n’est pas uniquement un retour financier. C’est un retour en image, en attractivité, en infrastructures, en relations internationales et en capacité d’influence.

Le vrai pari de Tarente, c’est peut-être finalement le meilleur « so what ? » de ces Jeux. L’Italie n’organise pas seulement des événements sportifs. Elle construit une séquence de puissance sportive. Milano-Cortina lui a offert une formidable vitrine mondiale. Les performances d’athlétisme et de natation confirment la profondeur de son réservoir sportif. Et Tarente lui donne maintenant une scène géopolitique : celle de la Méditerranée.

Du ski alpin aux plages des Pouilles. Des Alpes à la Méditerranée. De la performance sportive à la diplomatie. 2026 pourrait ainsi être l’année où l’Italie démontre que, dans un monde où le « hard power » reste dominé par les rapports de force militaires et économiques, le sport peut devenir un formidable instrument de soft power.